L’art nous éloigne-t-il de la réalité?

A quoi sert la culture?

L’art nous éloigne-t-il de la réalité ?

 

Voici deux documents que je vous demande de lire attentivement. Vous répondrez ensuite aux questions suivantes.

 

1/ Notre bloggeur semble inciter à faire un choix réaliste d’orientation dans le supérieur. Qu’est-ce qu’être réaliste, dans le sens (commun) où il l’entend?

            2/ Par quelle argumentation Philippe Val renverse-t-il cette conception du réalisme?(parmi ses arguments, insistez sur ce point : Pourquoi, d’après Bergson, est-ce par l’art, et non pas directement, que nous prenons contact avec la réalité?)

            3/Au dernier paragraphe, l’éditorial de Val s’avère être un virulent pamphlet contre les formations considérées comme les plus prestigieuses par le bloggeur. Que pensez-vous de sa thèse?

 

 

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                DOCUMENT 1 : Extrait d’un forum de discussion membres.ados.fr.

 

                jeansanste rreProfil : Quidam

Posté le 28-10-2007 à 22:59:42 http://membres.ados.fr/jeansansterrehttp://membres.ados.fr/jeansansterre/actu/actualites/citer-21346-40413-1-1.htm – formulaireéà/actu/actualites/citer-21346-40413-1-1.htm – formulaire

Je vous propose d’indiquer dans ce post, toutes les formations universitaires ou autres que vous regrettez d’avoir suivies parce que vous voyez maintenant qu’elles ne vous donnent pas accès au marché du travail. Cela pourra aider ceux qui sont au lycée et qui ne savent pas.

 

 

jeansanste rreProfil : Quidam

Posté le 28-10-2007 à 23:00:40 http://membres.ados.fr/jeansansterrehttp://membres.ados.fr/jeansansterre/actu/actualites/citer-21346-40414-1-2.htm – formulaireéà/actu/actualites/citer-21346-40414-1-2.htm – formulaire

Les grand classiques, suffit de lire les revues concernant, je sais que y a un numeros de Capital qui traite des facs et des formation qui marchent et celle qui se plantent.

En gros la réponse est assez évidente, il s’agit de socio, psycho, lettre qui sont bourré de branleur qui ne sont là que parce qu’ils n’étaient motivés par rien et ont pris ça par défaut (PS: je dis pas que c’est le cas de tous les étudiant de ces filliéres mais qu’il y en a encore plus qu’ailleurs) et ce sont des filliéres avec des milliers de diplomés pour quelques centaines de poste chaque année…
Les autres sciences humaine sortie du Droit qui est une filliére apprécié car selective et utile (comprenez avec des applications pratiques) sinon tout ce qui est histoire ect sauf a faire prof ou chercheurs, ça sert pas a grand chose.

Il parrait que les entreprise manquent de laborentins et de chimiste, toutes les sciences dures sont des filliére aussi sélective (ma cousine est en phisique et elle ramasse) qui ont des application pratique autres recherche ou l’enseignement.

Sinon a la fac, tout ce qui est Master de commerce, ou de resources humaines ou gestion enfin tout le tertiaire ect c’est des murs, c’est ce que disait l’article de Capital, a quelques exception de Master prés qui pour le coup recrute sur dossier et sont trés selectifs, tout les cadres des entreprises et même des administrations sont recrutés a la sortie des écoles de commerces.

Voila je pense que c’est a peu prés tout, je pense pas que ce soit trés sains de cacher aux jeunes de ce forum ce qui les attend a la sortie, sous pretexte de liberté. Ils faut leur dire clairement « si tu prend cette voie, tu as de trés grande chances de finir chomeur »

 

 

               

DOCUMENT 2 : Editorial de Philippe Val, Charlie Hebdo, 30 janvier 2008

 

Les affaires du cyclone des subprimes et du trader de la Société Générale me font remonter un souvenir d’enfance. Mon père croyait bien faire en m’interdisant ce que j’aimais le plus au monde : lire la nuit. Pour ne pas qu’il voie le rai de lumière sous la porte de ma chambre, comme bien d’autres enfants, je me cachais sous les draps avec une lampe de poche. Alors, je laissais mes yeux s’empiffrer de kilomètres de petits caractères noirs qui venaient se blottir délicieusement dans mon cerveau […].

Contrairement à ce que pensent la plupart des gens, la peinture, la musique, la littérature et les œuvres de l’esprit en général ne sont pas des échappatoires, des expédients frivoles pour fuir une réalité pénible. C’est exactement l’inverse. Ce sont des moyens puissants et dynamiques pour se ressaisir d’une réalité en mouvement. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer, à ce sujet, cette réflexion de Bergson :

 

 » Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuelle­ment à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découpe­raient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut ce par malice ou par amitié ?

Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étu­die et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique

Bergson, Le rire

 

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Commentaire du texte :

Problème du texte :

Donné au début sous forme de question : quel est l’objet de l’art ? Au sens ici de sa raison d’être. (comme l’objet d’une visite)

Réponse donnée d’emblée : la fonction de l’art est de pallier le fait que nous n’avons pas un accès direct à la réalité. Donc que c’est lui qui nous permet cet accès. Cela est dit allusivement, l’auteur n’y revient pas plus tard, car il va surtout s’intéresser dans ce texte à ce fait que nous n’avons pas, par la perception quotidienne, un accès direct à la réalité.

Remarquer le développement par des exemples :

Comme si la réalité était en elle-même aussi « belle » que le sont les œuvres d’art – mais que nous ne les voyons pas ainsi. (CF ce que nous avons dit auparavant sur la « conscience imageante » qui nous permet de saisir le monde « comme image », ce qui était aussi notre définition de la beauté. Remarquez le terme : « découperaient dans l’espace », il s’agit bien de couper, de décontextualiser le donné pour en faire une image.

La question subséquente consiste alors surtout à se demander pourquoi il en est ainsi, pourquoi nous ne percevons pas la réalité telle qu’elle est, mais de manière triviale. L’auteur dit : comme « à travers un voile ».

Ceci relève de l’argumentation, car si on convainc le lecteur qu’en effet, nous ne percevons pas la réalité comme elle est, on conviendra plus facilement que ce pourrait être une fonction de l’art.

Mais plutôt que d’établir que nous ne percevons pas la réalité comme elle est, l’auteur établit pourquoi il en est ainsi. C’est l’objet du dernier paragraphe.

La réponse à cette question est alors la suivante : Afin de pouvoir vivre, c’est-à-dire mener mon activité pratique à travers le monde, je dois être séparé du monde tel qu’il est, afin de n’en percevoir qu’une « simplification pratique ». Et le but de l’art est de pallier cet état de fait.

Qui accomplit cette simplification ? Bergson écrit que ce sont « mes sens » qui extraient du monde ce dont j’ai besoin pour éclairer ma conduite, c’est-à-dire mon action.

Expliquer ce « ce qui prend part à l’action ». Quel rapport y a-t-il entre perception et action ? Les deux semblent différents. Pour percevoir, il suffit d’ouvrir les yeux, d’écouter… « je crois voir, etc. » Mais si on y regarde bien, nous sommes des sujets avant tout agissant, nous ne nous arrêtons pas pour regarder le monde qui est autour de nous, car nous sommes affairés. Aussi, nous ne regardons que ce qui intéresse nos buts.

Plus profondément : toute perception est une anticipation de mon action possible.

Voire l’effet sur moi de mes propres mouvements naissants, de mes anticipations.

 

Si nous nous arrêtions, si nous devenions un sujet « désintéressé », si nous adoptions l’attitude contemplative, alors le monde nous apparaitrait comme il est.

Mais il ne suffit pas « juste de s’asseoir » et de regarder, c’est une certaine disposition d’esprit, qu’on appelle « idéale ». Elle consiste d’abord dans le désintéressement. Mais aussi ensuite en l’attention.

Prenons un exemple très simple d’art, le premier auquel on pense, l’art du dessin.

Les déformations immédiates commises par les dessinateurs amateurs : ils dessinent non pas « ce qu’ils voient », mais ce qu’ils extraient de ce qu’ils voient pour leur intérêt. Par exemple les proportions du visage, du corps… on exagère toujours très largement les « parties significatives », on réduit la taille de celles qui le sont moins (par ex la taille du crâne par rapport au reste du visage), la taille des jambes, etc.

Un exemple qu’on peut aussi ressentir de « déformation perceptive » : les illusions d’optique.

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Reprise du texte de Philippe Val

Lorsque mon père m’interdisait de lire la nuit, s’il s’était exprimé avec précision, au lieu de me dire : « Délaisse tes rêveries et reviens à la réalité », il m’aurait dit : « Délaisse la réalité, et reviens au rêve d’un monde où il faut travailler plus pour gagner plus »

 

La joie que procure la fréquentation des œuvres de toutes sortes – fictions, représentations, musique – est le produit d’une retrouvaille intense avec la réalité. La représentation du mouvement, souci de tous les peintres de la Renaissance, la durée vibratoire de la musique, la grammaire onirique du cinéma, par leur intense réalité, rappellent à la réalité. Loin de nous aider à nous échapper du monde, l’invention artistique nous y replonge, et c’est comme la détente du corps dans l’eau souveraine. L’éloignement de la réalité nous tue. Le bonheur n’est qu’au prix d’un contact puissant avec elle. L’histoire de l’art est celle de la recherche de la bonne distance et du bon point de vue pour percevoir une réalité bouleversante que la vie quotidienne nous dissimule et nous fait oublier. Je jouis de ces retrouvailles avec la réalité du simple fait qu’elle existe et que j’ai l’intuition que ma propre existence n’en est pas dissociable.

Ceux qui ne lisent jamais, qui n’écoutent pas de musique, qui ne vont jamais au spectacle sont, à coup sûr, de dangereux rêveurs. La dangerosité des autres n’est évidemment pas exclue, mais elle est moins fatale.

Ce qui donne accès à la réalité, c’est ce que l’on appelle la culture.

 

Et j’en viens à la crise financière des subprimes et du trou de la Société Générale. Quels en sont les responsables? Des traders, des hauts dirigeants de banques, des financiers. Quelle est généralement leur formation? Des écoles de commerce à la mode, HEC, Sup de Co, voire Polytechnique. On y forme des générations qui non seulement ont perdu de vue depuis longtemps la réalité, mais n’ont aucune idée du chemin qui s’en approche : ils sont à des années-lumière de la réalité qui surgit d’une phrase de Victor Hugo, du jaune du peignoir de Brigitte Bardot dans Le Mépris ou du deuxième mouvement du Concerto en sol de Ravel. Leur orgueilleuse inculture, conjuguée avec leur savoir exclusivement spécialisé, les hausse à un niveau d’incompétence qui en fait des dangers publics. Hors de leur sphère rendue aberrante par son absence de contact avec la réalité, que se passe-t-il alors? Des milliers de gens sont chassés de leurs maisons, des rues entières, aux Etats-Unis, ont été vidées de leurs habitants par la police. Des malades meurent sans soins. Des enfants ne vont plus à l’école, manquent de nourriture et voient leurs parents devenir des parias.

 

 

TEXTE DE COMPLEMENT :

 

Ainsi, qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnelle­ment et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même. C’est d’un malentendu sur ce point qu’est né le débat entre le réalisme et l’idéalisme dans l’art. L’art n’est sûrement qu’une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu’on a toujours appelé de l’idéalisme. De sorte qu’on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l’œuvre quand l’idéalisme est dans l’âme, et que c’est à force d’idéalité seulement qu’on reprend contact avec la réalité.

 

Bergson, Le rire

 

 

 

 

 

 

 

 

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