L’histoire

I Pourquoi étudier l’histoire ?

 1/ Le patrimoine humain

Notre société consumériste et individualiste se caractérise par le culte du présent, de l’instant, de la jouissance immédiate. La vitesse des changements, les révolutions permanentes engendrées par l’idéologie du progrès et par les besoins capitalistes du renouvellement font qu’il est très difficile de tabler sur l’avenir, de prévoir ce que pourrait être le monde ne fût-ce que dans dix ans. Ainsi, on ne temporalise pas son existence, et « à chaque jour suffit sa peine ».
De plus, l’idéologie du progrès nous incite à penser que « le passé est derrière nous » en tant qu’il est Révolu, et que nous n’avons plus grand chose à voir avec les vieilleries qui le caractérisent – puisque nous vivons dans un monde entièrement différent, un monde « moderne ». Alors dans la mesure où le passé est révolu, à quoi bon étudier l’histoire ?

2/ La dette

Pourquoi faire de l’histoire, à titre individuel ? Les traits de l’historien. Un enquêteur qui se demande toujours « d’où il vient que » ? Simple curiosité ? Ou bien c’est qu’il vit avec un sentiment de dette, ou du moins ne veut pas être ingrat avec ceux qui lui ont permis d’être ce qu’il est dans le monde où il est ? Sorte de religion de l’humanité, des ancêtres ? (oui, si nous vivons comme nous vivons, c’est parce que nos ancêtres se sont tués à la tâche…).

3/ La finitude des civilisations

L’histoire nous enseigne que d’autre civilisations ont disparu, et donc la modestie et la prudence… Et la « supériorité de notre civilisation » qui semble pouvoir nous dispenser de nous ressourcer dans la présence du passé peut n’être due qu’à certaines contingences (usage des énergies fossiles) non durables…

4// L’histoire est ce qui nous rend humain (humus)

parce que l’histoire, c’est la Culture par excellence, et la culture est le propre de l’homme (cf cours sur la culture) :
1/ Dans la mesure où la culture est transmission de générations en générations, la chaîne de l’humanité.
2/ Et qu’ainsi, si notre histoire est la racine de ce que nous sommes, puisque nous sommes des êtres culturels, alors en tant que racine, l’histoire est notre identité spirituelle (par opposition à la nature et aux sciences de la nature, qui n’ont pas cette temporalité dont nous sommes issus).

Cette histoire est transmission, et donc elle est d’abord « des histoires », des récits de filiations, d’origines, qui peuvent prendre un caractère mythique, sacré. L’histoire à l’origine, cela consiste seulement à dire que nous ne sommes des êtres issus d’histoires qui se sont passées, c’est-à-dire des actes fondateurs (Romulus et Rémus, etc.), quand bien même ces récits étaient largement fictifs. L’important étaient qu’ils soient transmis.

II/ La valeur de l’histoire

1/ Les vertus de la connaissance historique

L’histoire permet d’en tirer des leçons, pour ne « pas faire les mêmes erreurs »
Pourtant, l’histoire montre souvent qu’on n’a pas su tirer les leçons de l’histoire, cela serait la seule vraie leçon de l’histoire… Déjà parce que les circonstances ne sont jamais les mêmes. L’histoire ne repasse pas les plats disait Marx.
L’histoire permet de se faire un stock « d’histoires », de récits à raconter. Et il y a une certaine vertu littéraire de l’histoire. Car ces récits permettent d’élaborer le sens de l’existence humaine. Ce serait là une vertu poétique de l’histoire. Les poètes et écrivains peuvent bien inventer des histoires, mais l’Histoire en offre des toutes faites.
Il y a aussi des vertus apologétiques de l’histoire, elle montre des modèles, des idéaux humains à travers ceux qui en ont été des exemplaires mémorables. Elle donne ainsi une haute idée de l’humanité. C’est en ce sens qu’Auguste Comte parle de l’histoire comme d’une « religion de l’humanité ».
L’histoire permet aussi la reconnaissance. Notre dette vis à vis de nos ancêtres, qui ont oeuvré et transformé un monde initialement hostile. L’histoire, comme devoir de mémoire, constituerait une sorte d’hommage dû.
L’histoire enfin nous sort de la petitesse de notre existence individuelle, elle élargit notre champ de vision à l’humanité toute entière, et nous sensibilise à la dimension collective.

2/ Les dangers de l’histoire

txt de Rousseau
txt de Nietzsche

III L’écriture de l’histoire

1/ L’histoire de l’histoire

Le fait de restituer avec objectivité les faits passés (et tous les problèmes que cela pose, car de quelle objectivité l’historien est-il capable?) est un souci récent (celui de l’histoire scientifique positiviste au 19ème). Auparavant, la réalité de ce qui se passait sur terre n’était pas considéré comme ayant beaucoup d’importance, c’était la vie prosaïque contingente. Les faits, les royaumes, etc. étaient considérés comme se déroulant les uns après les autres sans qu’il y ait de sens, et beaucoup d’enseignements à en tirer.
La conception du temps était telle qu’on ne croyait pas en l’accomplissement de quoi que ce soit sur Terre, c’est-à-dire que l’humanité avançait, qu’il y avait du progrès général… Il faut attendre les philosophes du 18ème pour penser que l’histoire se dirige vers un idéal de progrès, et Hegel affirmera au 19ème que l’histoire a un sens, et donc qu’il y a un intérêt à la noter, à l’interpréter, car elle serait instructive sur nous-mêmes, sur l’avenir peut-être en tant qu’elle indiquerait des directions.
Auparavant, l’histoire servait plutôt à faire des récits édifiants, que valorisaient des héros, ces héros permettant de constituer des identifications (héros nationaux, tradition à perpétuer qui soudent des groupes, etc.)

2/ Les types d’écriture de l’histoire

Classification par Hegel du rapport des hommes à leur histoire :

A/ Histoire originale (le chroniqueur)
Est-il un historien et en quel sens ? Texte de Bergson
B /Histoire réfléchie (la science historique)
L’histoire peut-elle être considérée comme une science  et à quelle condition ?
Texte de Febvre et de Schopenhauer.
C/ Histoire philosophique (le sens de l’histoire)
Texte de Cournot.

IV Le sens de l’histoire

Hegel part d’un présupposé : tout ce qui s’accomplit a un sens, ie tout peut être récupéré dans une signification. Ce qui signifie que tout est historique. Mais dire que tout est historique, c’est dire qu’il y a bien quelquechose qui se réalise. Qu’est-ce qui se réalise? Hegel va dire que ce qui se réalise, c’est l’essence de l’homme. Or, l’essence de l’homme est la conscience de soi. L’homme prend conscience de soi dans l’histoire. Voir les deux sens de « réaliser » : prendre conscience, c’est aussi se faire réel, s’objectiver. Prendre conscience n’est pas un acte purement intérieur ; la conscience doit se faire, ie s’aliéner. L’Esprit doit s’aliéner dans l’histoire pour s’y reconnaître. Devenir humain, c’est construire un monde humain.
Autrement dit, l’histoire est l’avènement de la liberté. La liberté consiste à ne plus être aliéné par le non-soi, mais à être dans un monde comme chez soi, bei sich, dans son élément. Ie se reconnaître dans l’autre. Ie faire advenir l’universel sur terre. Au commencement, l’individu est dans la particularité. Il est ce qu’il est en s’opposant aux autres qui sont l’étranger. (Politiquement, les rapports naturels, ou l’autre est radicalement autre, n’a pas la même essence que moi – système de castes, esclavage…) Avec les Grecs et l’avénement de la Polis, de la Cité apparaît l’idée du citoyen, de l’égalité en droit : la démocratie athénienne. Hegel : quelques uns sont libres. Mais il reste un élément de séparation, d’opposition. On n’est pas encore à l’universel (esclavage, femmes…). Le monde juif pose l’universalité dans la Loi divine. (tous les hommes sont égaux devant Dieu). Mais cette loi demeure abstraite, car elle se situe dans un autre monde. (Les juifs qui errent dans le désert, dans un monde inhumain. Nomadisme, ils ne sont pas chez eux – exemple de manière qu’a Hegel de lire l’histoire, d’en interpréter la signification : le peuple nomade signifie que l’esprit de ce peuple est abstrait, qu’il n’est pas en accord avec ce qu’il est, qu’il se cherche, qu’il n’est pas encore chez lui, dans son élément (se reconnaître dans l’autre, dans son élément)). Le Christ amène un élément de réconciliation : rendre la Loi moins abstraite, saisir l’esprit et non la lettre (>< pharisianisme), image du Dieu fait homme, ie réaliser l’universel dans la forme du particulier. Chaque homme a une valeur infinie. Mais le Christ échoue dans la réalisation de ce projet, il répond encore à Pilate : mon royaume n’est pas de ce monde. L’accomplissement de l’histoire selon Hegel se trouve dans la réalisation de l’Etat ou chaque individu en vaut un autre, où il est dans l’Etat comme chez lui.
C’est bien le but de l’histoire comme on peut le vouloir toujours : réaliser un monde humain

Opposition : CF Levi-Straus et le faux évolutionisme

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