On sait enfin où habite Dieu (article de la revue Marianne)

Extrait d’un article paru dans l’hebdomadaire Marianne N°330 – Semaine du 18 au 24 août 2003

Nos neurones feraient-ils du prosélytisme?
Des scientifiques ont découvert que notre matière grise est un formidable outil de connexion avec le divin.
Preuve que les voies du Seigneur ne sont plus si impénétrables.

Sachant que les états de grâce, les prières, l’extase, les apparitions de la Vierge, les voix d’outre-ciel transitent obligatoirement par les cellules nerveuses, les scientifiques voudraient vérifier dans quelle mesure le divin est une sécrétion de la matière grise et si d’aventure, par le biais de ses connexions, le Tout-Puissant a élu domicile dans notre hémisphère droit, l’hémisphère de la symbolique.

Une antenne spirituelle
Les hommes de sciences ne plongent pas dans la métaphysique, ils ne se mouillent pas. Croire ou ne pas croire n’est pas la question. Peu importe que Dieu n’existe pas ou qu’il ait au contraire, dans sa haute bienveillance, fabriqué le cerveau complexe de sa créature en prenant soin d’y placer une antenne qui, une fois branchée, Lui permet de communiquer avec quelques élus. Les nouveaux biologistes veulent seulement savoir quelles sont les régions cérébrales réceptives à la chose spirituelle. Ils se demandent si des pathologies comme l’épilepsie du lobe temporal droit ne peuvent pas expliquer certaines conversions et visions de prophètes. Et si une éducation religieuse intensive, en irritant des zones sensibles, peut conduire à l’intégrisme. Comment des figures géométriques simples, qui n’existent pas dans la nature, comme les rayons de la roue des hindous, l’étoile de David et la croix, en stimulant des neurones par paquets, connectent à l’insu de l’individu son cerveau avec l’au-delà? Comment la musique, une invention typiquement humaine, en mobilisant des régions particulières de l’organe de la pensée, cimente les convictions religieuses?
Dans la Biologie de Dieu (La Biologie de Dieu, comment les sciences du cerveau expliquent la religion et la foi, éd. Noémis,310p.,22.) Patrick Jean-Baptiste, neurophysiologiste de formation et journaliste à Sciences et avenir, éclaire le profane tricolore sur cette voie de recherche phare aux Etats-Unis, mais encore en friche dans l’Hexagone : un vrai chemin de croix qui part des amygdales pour atteindre le cortex frontal, siège des fonctions cognitives les plus sophistiquées. Feu le Dr Eugène d’Aquili et son fidèle collaborateur, Andrew Newberg, sont les premiers à avoir testé les ressorts de la foi dans une étude publiée voilà plus de deux ans sous le titre électrochoc : Pourquoi Dieu s’accroche ?, sous-entendu : à nos cervelles. Pour visualiser les régions du cerveau impliquées dans l’expérience mystique, ces deux pionniers de l’université de Pennsylvanie ont fait passer des IRM à des moines bouddhistes en pleine méditation et des bonnes soeurs confites en prières. Ils ont filmé avec des caméras à positons les zones qui s’activent sous la tonsure ou la cornette pendant les actes de dévotions.
Quand une pathologie se greffe sur un cerveau éduqué dans la religion, cela peut donner des conversions subites et des visions inédites. Les neuropsychiatres, en se fondant sur la description donnée par les Evangiles, le Coran ou les livres d’histoire, au vu des symptômes manifestés par certains prophètes, diagnostiquent chez ces patients d’un autre âge une épilepsie du lobe temporal droit. Un dérèglement de l’activité électrique dans ce groupe de neurones provoque des hallucinations visuelles et auditives très particulières, sauf chez les gauchers dont le cerveau est différemment latéralisé et organisé. Le sujet en phase aiguë voit de la lumière et entend des paroles, exactement comme saint Paul sur le chemin de Damas ou Jeanne d’Arc dans son village lorrain de Domrémy.
Les deux histoires se déroulent à des siècles d’intervalle et des milliers de kilomètres de distance, et pourtant les deux illuminés suivent des cheminements parallèles. Juif, né citoyen romain à Tarse, en Cilicie, dans les premières années de l’ère chrétienne, Saùl (ou Shaoul), qui choisira plus tard le prénom gréco-romain Paul, a été élevé à Jérusalem dans l’exacte observance de la loi hébraïque et dans l’étude des Saintes Ecritures, il nourrit depuis sa plus tendre enfance une haine coriace des convertis. Chargé par l’autorité romaine, au nom du sanhédrin, de réduire les communautés chrétiennes d’Asie Mineure, il se rend, pressé et stressé par sa mission, dans la «ville-oasis», lorsque le Christ lui apparaît et le questionne : « Saùl, pourquoi me persécutes-tu ?» Ebloui, le petit homme a l’impression que des écailles lui sont tombées des yeux. Il se fait aussitôt baptiser, puis gagne Damas pour annoncer dans les synagogues que Jésus est bien le « fils de Dieu » et répandre sa bonne parole. Une métamorphose qui peut s’expliquer par une crise d’épilepsie restreinte et limitée aux territoires occupés par le lobe temporal droit, probablement provoquée par la fatigue et l’angoisse.
Itou pour la pucelle d’Orléans. Fille de paysans aisés, la petite Jeanne connaît sur le bout des doigts le Pater, Y Ave Maria et le Credo, que lui a appris sa mère. Elle va à la messe, communie, se confesse régulièrement et joue avec les autres enfants du village près de « l’arbre aux fées ». Réfugiée pendant la guerre de Cent Ans avec sa famille à Neufchâteau, donc arrachée à ses habitudes, elle entend des «voix» qui lui délivrent un message d’espoir que la jeune fille enflammée s’empresse de porter au roi de France. Pour les disciples de la « neuro-théologie», une anodine crise d’épilepsie se serait transformée en grave crise de foi pour nombre de thaumaturges. Ces neuro-apôtres égrènent, comme un chapelet, des noms illustres qui, selon eux, correspondent à des cas cliniques trop stéréotypés pour ne pas être versés au dossier des visions béatifiques pathologiques : Mahomet, Bouddha, sainte Margery Kempe, sainte Catherine de Gène, les deux saintes Thérèse – celle d’Avila et celle de Lisieux-, le philosophe suédois Emmanuel Swedenborg auraient enduré cette infirmité du lobe temporal droit, pour notre bien à tous. [Note du webmaster : les délires agresifs et meurtriers de Mahomet mis au même niveau que l’enseignement pacifique du Boudha… Encore un journaliste inconscient qui n’a pas lu le coran et ne connait rien à l’islam. Ou qui cherche subrepticement à faire croire à tout prix que l’islam est une religion de paix et de tolérance…]
Vénération sur commande
La méditation transcendantale acquise à force de privation, de travail, de jeûne, de mortification, de maîtrise de soi, n’est accessible qu’à un petit nombre d’initiés ; et l’épilepsie du lobe droit, innée ou accidentelle, ne frappe qu’une poignée d’élus. L’art de la prière en revanche s’adresse aux masses pieuses de tous les pays. Cet art populaire repose sur des milliers d’années de manipulation mentale empirique dont les scientifiques essaient de dégripper les rouages. Pour le neuropsychiatre, la prière répond à un besoin physiologique. Comme le rire ou les pleurs, elle peut être suscitée en chatouillant ou en gratouillant certaines zones précises du bulbe. Michael Persinger en a fait l’expérience dans son laboratoire de l’université Laurentian de Sudbury, dans l’Ontario. En balayant, avec de faibles signaux électromagnétiques, les crânes d’un peloton de volontaires, il a déclenché sinon une envie irrépressible de prier, du moins des réactions qui s’en approchent : les uns ont confessé se sentir « touchés par Dieu», d’autres ont parlé de démons ou d’esprits maléfiques. Avec des machines plus puissantes, l’optimiste Canadien affirme que l’on pourra bientôt vénérer sur commande en activant artificiellement les circuits neuronaux ad hoc et offrir des cures de prières, y compris aux athées stressés par la vie moderne.

Car la religion a des vertus antistress bien connues et maintenant reconnues par la science. Une étude épidémiologique menée en mai 2000 par les Professeurs Michael McCullough et William Hoyt, auprès d’un échantillon représentatif de 125 826 Américains, a montré que les croyants rendent leur âme à Dieu plus tard que les brebis égarées qui ne pratiquent aucun rite. Pratiquer est un gage de solidité et de longévité. Ne pas croire, ne pas chercher d’intentions sous-jacentes exige un travail de rationalisation de tous les instants. Il faut lutter contre sa nature humaine, qui est d’interpréter, d’«anthropormorphiser» les idées, d’«intentionaliser» les événements, et cela doit être usant à la longue. La foi est salutaire : mais attention toutefois aux effets toxiques à fortes doses. Utile à la fois à la santé publique et aux liens sociaux, l’« opium du peuple » évolue au cours de l’histoire humaine, et prend le visage d’agents surnaturels dans les peuplades de chasseurs-cueilleurs, de divinités garantissant l’ordre dans les civilisations urbaines primitives, de dieux trônant au panthéon dans les royaumes antiques, de Dieu national lorsque apparaît l’idée de nation, et de dieu unique avec la naissance des premiers empires. «A chacune de ces étapes, la même morale des origines se complexifie, subit une nouvelle mutation à la mesure des attentes nouvelles des hommes» souligne Patrick Jean-Baptiste.
Besoin de secousses neuronales
Les chefs de culte le savaient intuitivement depuis la nuit des temps, les prix Nobel de physiologie et de médecine David Hubel et Torsten Wiesel l’ont confirmé récemment :
lorsque des aires cérébrales ne sont pas sollicitées, elles s’atrophient. Pour renforcer la cohésion de la société et la croyance des ouailles, toutes les religions» même les plus reculées, recommandent une pratique régulière dès le plus jeune âge. Offices, fêtes rituelles, incantations, psalmodies, choeurs, objets sacrés soudent le groupe et réactivent les circuits neuronaux qui alimentent la foi. En particulier, « le circuit de la récompense », qui fait gicler à l’intérieur des circonvolutions, entre autres neurotransmetteurs, de la sérotonine et de la dopamine, d’où découlent bien-être, euphorie, plaisir, exaltation. La musique agite un peu plus le bocal. « Tout prédicateur sait, par la liturgie, modifier l’activité des neurones avec parfois, s’il est vraiment génial, le doigté d’un organiste, et donc faire vibrer les tuyaux qu’il faut, dans l’ordre qu’il faut et ce, pour contenter ses ouailles, les conduire au plus près de Dieu», commente Patrick Jean-Baptiste. Les formes géométriques et les idées simples des symboles religieux sont «pertinentes», selon l’expression de l’anthropologue en sciences cognitives Dan Sperber. Les neurones qui, d’ordinaire, peinent à extraire d’une image des segments de droite ou des bords contrastés, sont littéralement galvanisés à la vue d’une étoile ou d’une croix. « Comblés», ils réagissent en nombre et envoient un signal fort au reste du cerveau qui résonne et arrête momentanément de raisonner. A chaque cérémonie ou grand-messe, l’officiant, chaman, sorcier, prêtre, rabbin ou imam, joue sur l’émotion en rappelant aux fidèles, dans un langage métaphorique, ce qui leur en coûterait de quitter la communauté. Les rites de passage s’accompagnent souvent d’humiliations, de sévices pour inculquer au novice l’oubli de soi en tapant sur son système limbique, un grand ensemble qui orchestre les comportements affectifs et assurent les réflexes de survie.
L’initiation dompte ce « cerveau reptilien» (paléomammalien, dit-on aujourd’hui) ; et, dans les sectes extrémistes, l’impétrant devient soit un maître, soit un agneau prêt pour le sacrifice. «A l’époque des croisades, les Assassins ou Haschischins se jetaient du haut d’un donjon à la seule demande du Vieux de la montagne, leur leader spirituel, note Patrick Jean-Baptiste. L’époque moderne a inventé, au Japon, une des sociétés les plus ritualisées de la planète, les kamikazes. »
Mais tout le monde n’est pas égal devant Dieu. Certains sont mieux armés que d’autres. Pour peu que les prédispositions naturelles aient été raffermies au cours du trajet personnel ou, au contraire, les ressorts de la foi cassés par des transports antireligieux, une même émotion inspire une douce présence divine, un insoutenable sentiment d’oppression ou rien du tout. Le sexe faible est plus tourné vers le ciel que le fort, une hypothèse machiste confirmée en France par les données des dernières statistiques. Et si les femmes virent facilement grenouilles de bénitier, c’est parce qu’elles auraient des amygdales cérébrales plus denses que celles des hommes, certifient les neuro-apôtres. Ces noyaux en forme d’amande (amugdalê, en grec), qui n’ont rien avoir avec les deux pendeloques suspendues au fond du palais, sont des chiens de garde attachés à chacun des hémisphères cérébraux. Par leurs connexions avec de nombreuses régions du cortex, ils modifient non seulement l’éveil général du cerveau et de l’organisme, mais aussi l’humeur. «Les amygdales sont en quelque sorte les rotules des fonctions supérieures du cerveau, l’articulation de l’esprit avec le corps, telles que l’envisageaient les philosophes, même si cet esprit, les neuroapôtres le jurent, n’est qu’un état de la matière, écrit Patrick Jean-Baptiste. Pour aller plus loin, l’information doit montrer patte blanche, être jugée significative par les janissaires, sans quoi elle n’entrera jamais dans le couloir des hippocampes pour y être enregistrée comme souvenir plus ou moins saillant. Avec le temps, elle finira d’ailleurs par s’imprimer à l’intérieur du cortex cérébral, probablement sous la forme de nouvelles connexions. »
Les amygdales enflammées
Juges et parties décisives du système limbique, les amygdales jouent donc un rôle central. Des amygdales irritées par des électrodes, au lieu de rendre gorge à des émotions primitives comme la colère ou la peur, déclenchent assez rapidement chez le sujet une rage durable et intraitable qui persiste même lorsqu’on arrête les stimulations. Des amygdales enflammées par une initiation religieuse précoce, suivie de prêches, de sermons, d’appels à la haine, d’images symboles (il existerait des neurones qui réagissent à la croix jusque dans les amygdales), peuvent conduire droit à l’intégrisme. «Le fanatisme est un dysfonctionnement grave de régions cérébrales profondes, soutient Patrick Jean-Baptiste. Ce n’est pas le désespoir qui provoque les attentats-suicides, mais une initiation réitérée par des actes spectaculaires souvent violents qui stimulent comme des électrodes les amygdales. Les structures « neurognostiques » sont à la longue désensibilisées, et le fidèle est prêt à transgresser l’ultime limite en mettant fin à ses jours et en tuant un maximum de personnes au nom d’Allah. .. »
Comment Dieu séduit notre cerveau reptilien
Le cerveau humain, même s’il n’est pas républicain, a la forme d’un bonnet phrygien. Au cours de l’évolution, l’encéphale s’est complexifié, et le nôtre est le plus compliqué de tous. A mesure que l’animal se redresse, il gagne des cellules nerveuses en surface et en épaisseur. En tournant autour d’un axe passant par les oreilles, la matière grise pivote, recouvre le sommet de la tête et glisse lentement sur le front. Les structures les plus récentes se retrouvent donc au sommet et à l’avant du cerveau : ce sont les deux cortex frontaux et préfrontaux, qui font défaut aux reptiles et aux mammifères insectivores, et sont animés par les pensées les plus subtiles. Les structures cérébrales profondes forment, elles, le système limbique qui comprend les amygdales, l’hippocampe, le septum, les bulbes olfactifs. Appelé de façon archaïque le « cerveau reptilien », ce système a deux fonctions vitales:
1) II contrôle les fonctions végétatives et adapte l’organisme aux changements d’environnement. Quand un prédateur ou un intrus surgit, il accélère à distance le rythme cardiaque, ralentit les contractions intestinales, évacue le sang de la périphérie du corps pour éviter, en cas de blessure les hémorragies fatales…
2) II «sentimentalise» les perceptions et permet de deviner les émotions d’autrui. Il devine instantanément si le fâcheux est dans de bonnes dispositions ou pas. Bref, il permet de développer des réponses comportementales très nuancées grâce au plus puissant des moteurs de l’action : l’émotion.
A l’appui de sa thèse apocryphe, le journaliste de Sciences et avenir rappelle un fait divers sanglant qui n’a rien à voir avec Dieu, mais énormément avec les amygdales : en 1966, un certain Charles Whitman tue sa femme et sa mère, puis attend le lendemain, monte sur la tour de l’université du Texas, tire dans la foule, tue 16 passants, en blesse grièvement 38 autres, avant d’être descendu par la police. Incapable d’expliquer son envie de meurtre autrement que par un besoin irrépressible d’effectuer un travail soigné, le forcené exprime dans une lettre une dernière volonté : «Après ma mort, je souhaite que l’on m’autopsie pour découvrir s’il n’y a pas de désordre physique. J’ai jadis souffert de terribles maux de tête» écrit-il la veille du passage à l’acte. Les exécuteurs testamentaires, en ouvrant la boîte crânienne, tombent sur une tumeur cérébrale qui, en lui écrasant les amygdales, a gravement nui à l’intégrité psychique de l’assassin. Dommage que l’on n’ait pas aussi procédé à l’autopsie de Baruch Goldstein, ce colon médecin qui en 1994 sortit de son implantation israélienne de Kyriat Arba pour fusiller dans le caveau d’Hébron 29 musulmans. Sans doute, ce juif transplanté en Terre sainte souffrait-il d’une grave inflammation des amygdales. Les militants palestiniens du Hamas les ont, eux, chroniquement à vif pour mener leurs opérations-suicides. Les Américains, eux, devraient cesser d’agacer les amygdales des orphelins de Saddam Hussein s’ils ne veulent pas rentrer chez eux dans des cercueils de plomb.
L’environnement fait des gammes ou écrit des symphonies avec les hôtes fournies par le programme génétique. Gare aux gourous !

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