La dissertation

Le travail préliminaire (1 heure 30)

La dissertation se présente sous forme d’une question qui comporte des termes. La première chose à accomplir est donc de faire jouer les termes entre eux. Cela permet de trouver des idées, de mieux voir le problème. Ce travail préliminaire est CAPITAL : si vous ne le faites pas, vous êtes disqualifiés, fichus, cuits. Il vous faut être calmes et réfléchis. Comment faire ?

1) Lire le sujet. Il faut d’abord bien comprendre la question, c’est-à-dire savoir en quoi elle est un problème philosophique. Pour cela, il faut essayer de reformuler le problème avec ses propres mots. Ce travail est plus ou moins difficile selon la formulation du sujet. Ce qui compte, c’est de traduire le sujet en termes de concepts (vus pendant l’année ou construits par vous).

Exemple :  » L’homme est-il prisonnier du temps ?  » est un sujet qui nous oblige à nous demander si le temps rend l’homme moins libre ou au contraire si le temps peut contribuer à le rendre plus libre. Nous avons donc dépassé l’aspect métaphorique de la question en la rendant plus claire et nous avons formulé un problème philosophique.

Il n’y a pas de secret pour comprendre un sujet, il faut simplement prendre son temps et essayer de se souvenir de certaines problématiques vues en cours. Si vous ne comprenez pas spontanément le sujet, c’est normal. Il vous faut le réfléchir et le ressentir.

2) Analyser les termes. On définit chacun des termes en cherchant à donner pour chacun d’eux une définition spontanée et une définition plus réfléchie. Ces définitions devront être bien formulées et assez longues. Vous devez donner également des exemples. Ce travail en effet vous donne l’occasion de jeter sur le papier toutes sortes d’idées sur la question que vous allez exploiter plus tard. Il s’agit donc d’une recherche d’idées, libre mais contrôlée.

Faites surtout attention aux termes qui ne sont pas directement philosophiques, ceux-là engagent la question précise. Les termes proprement philosophiques auront l’occasion d’être définis pendant le devoir, et c’est d’ailleurs l’objet du devoir lui-même que de les réfléchir.

Exemple a :  » Peut-on à la fois obéir et être libre ? « . Liberté = Définition spontanée : faire ce qu’on veut / Définition réfléchie : obéir à des règles que l’on se pose soi-même (autonomie).

Exemple b :  » Faut-il être un esthète pour apprécier une œuvre d’art ? « . Apprécier = Définition spontanée : aimer / Définition réfléchie : juger, évaluer.

3) Relier ces termes. La première étape est fondamentale mais n’est pas suffisante. Il faut maintenant retourner à l’unité du sujet, répondre à la question de manière précise et structurée. Cette seconde étape consiste à faire travailler les termes entre eux dans le but de proposer des réponses à la question posée (et qui seront autant de parties du développement). En effet, selon les significations que vous allez donner aux termes du sujet, la réponse apportée au problème ne sera pas la même.

Exemple a :  » Peut-on à la fois obéir et être libre ? « . Si la liberté consiste en une absence de contraintes, alors on ne peut être libre et obéir, ces deux termes étant contradictoires. En revanche, si l’on approfondit la notion de liberté comme obéissance à des lois de la raison, alors la liberté suppose une certaine obéissance.

Exemple b :  » Faut-il être un esthète pour apprécier une œuvre d’art ? « . Si nous insistons sur le sens  » subjectif  » du mot apprécier (aimer) alors le fait de connaître beaucoup de choses sur une œuvre d’art ne m’apporte rien. C’est l’inverse si je prends le terme dans son sens  » objectif  » (évaluer juger), l’œuvre d’art devient alors un objet de connaissance. Finalement on débouche sur un problème très intéressant : l’amour nécessite-t-il la connaissance ?

4) Construire le plan. La dernière étape consiste à élaborer le plan de la dissertation (deux ou trois parties). Ce plan doit naturellement découler du travail préliminaire. L’organisation générale est très simple : il y a deux ou trois grandes parties, chacune de ces parties comporte deux ou trois sous-parties. De la première à la dernière partie, il doit y avoir progression : votre dernière partie doit exposer le cœur de votre réponse, les arguments essentiels. En somme, vous devez conduire par la main le lecteur à votre thèse. Il est important de rédiger au brouillon les titres de ces grandes parties et de ces sous-parties. Il est également conseillé de rédiger quelques paragraphes pour rendre ces idées plus claires.

2/ L’introduction (1/4 d’heure)

Son principe est simple : il s’agit d’introduire le lecteur au problème posé. Un problème philosophique ne se réduit pas à une question posée au baccalauréat : il faut montrer à votre lecteur que la question est importante et vaut la peine d’être étudiée, il faut montrer qu’elle n’est pas un simple problème de mots mais nous concerne tous. Il convient de la rédiger entièrement au brouillon. L’introduction possède trois étapes.

1) L’incipit : Ce sont les premières phrases de l’introduction, le premier paragraphe. Il s’agit dans ces premières lignes  » d’accrocher  » le lecteur, de rendre le problème plus sensible. On peut partir d’un exemple historique, littéraire, d’une vérité admise, d’une opinion générale et même d’une citation. On cherche ainsi à dégager l’enjeu humain de la question

Ce qu’on peut dire

 » On dit souvent que…  »

 » Il est fréquent de dire que…  »

 » On admet généralement que…  »

 » Prenons un exemple très simple…  »

Ce qu’il faut éviter

 » De tout temps…  »

 » Longtemps les hommes…  »

 » Depuis la nuit des temps…  »

 » A l’aube du 21e siècle…  »

2) La problématique : C’est ici le cœur de l’introduction. Si la première étape était de facture plus littéraire, plus rhétorique, l’énoncé de la problématique est proprement philosophique : on énonce un problème avec des concepts. On va donc reprendre les notions impliquées dans le sujet. Cette étape constitue un éclaircissement, une conceptualisation de l’incipit. Ainsi, si l’on est parti d’une opinion commune on montrera que cette opinion n’est pas aussi évidente qu’elle en a l’air et on formulera un paradoxe. De même, si l’on part d’un exemple ou d’un cas particulier, on interprétera cet exemple en termes philosophiques, avec des concepts.

Ce qu’on peut dire

 » Cette évidence ne semble pourtant pas aller de soi, en effet …  »

 » Or, il nous paraît que cette conception première peut être dépassée…  »

 » Un paradoxe apparaît dès lors que l’on analyse d’un peu plus près cette opinion commune…  »

 » Cet exemple nous montre, nous apprend que…  »

3) Les questions : Il s’agit ici de décliner le problème sous forme de questions. On essaiera d’en poser deux ou trois : la première est une reprise de la question initiale. Les autres devront grosso modo correspondre à chacune de vos parties.

Exemple :  » Peut-on à la fois obéir et être libre ?  »

Le plan trouvé

I – L’obéissance nous empêche d’être libre (car la liberté consiste à être libéré de toute contrainte).

II – Mais le monde est rempli de contraintes donc nous ne sommes pas libres.

III – En approfondissant le concept de liberté, nous trouvons qu’il suppose l’obéissance à des contraintes.

Les questions possibles formulées dans l’introduction

N’est-il pas évident que, de prime abord, obéissance et liberté s’opposent ?

Mais cela n’implique-t-il pas une conception réductrice de la liberté ?

Ne peut-on pas concilier liberté et obéissance ? Mieux, n’y a-t-il pas une obéissance qui rend possible la liberté ?

3/ Le développement (2 heures)

Si le travail préliminaire a bien été rempli, la rédaction du développement est une formalité : il suffit de suivre le plan et de développer le plus à fond possible les idées que l’on a trouvées. Toutes les idées doivent s’enchaîner de manière organique, qu’il s’agisse des grandes parties ou des sous-parties. En aucun cas un développement n’est un catalogue, une énumération. Il vous faut hiérarchiser, catégoriser les idées que vous allez développer en fonction de la thèse que vous soutenez (qui fera l’objet de votre dernière partie). C’est pourquoi on distinguera des idées forces, générales et celles qui vous serviront à les soutenir ; de même on soignera les transitions.

En gros, l’aspect de votre développement doit être le suivant.

I – Première partie : L’idée générale que l’on va chercher à dépasser (cette partie peut consister en l’approfondissement de l’opposition ou du paradoxe aperçu dans l’introduction)

Première sous-partie : idée secondaire qui appuie l’idée générale

Seconde sous-partie : autre idée secondaire qui appuie l’idée générale, plus importante que la première idée secondaire.

Transition : on montre que le problème n’est pas entièrement résolu par cette première idée. On formule une question.

II – Deuxième partie : Dépassement de l’idée première, on éclaire le sujet sous une autre lumière (selon l’approfondissement que l’on a opéré dans les définitions des termes en jeu). Vous commencerez à proposer votre thèse.

Transition :…

III – Troisième partie : elle est bienvenue, elle consiste à appuyer encore votre thèse en approfondissant encore la question.

4/ La conclusion (1/4 d’heure)

Il est préférable de la rédiger à la fin, dans la suite logique de la dernière partie. Elle consiste à reprendre la question et à y répondre de manière synthétique, c’est-à-dire en refaisant le chemin parcouru de manière plus nerveuse et essentielle. On peut distinguer deux moments dans la conclusion: 1) Retour sur les étapes de l’argumentation – 2) Insistance sur la dernière partie c’est-à-dire sur la réponse apportée.

(Remerciements à Cédric Potard pour cette fiche de méthode)

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