La culture

1/ Définitions

Exercice : chercher les mots de même famille :

1 – agriculture, polyculture…

2 – acculturation, multiculturel, culte…

3 – cultivé, inculte…

Le groupe 1 de mots renvoie au sens de « culture »au sens du développement : Pratique qui vise à faire advenir les potentialités d’un être.

Le groupe 2 de mots renvoie au sens de « culture » comme communauté : Ensemble de valeurs, d’usages et de techniques transmis au sein d’une communauté. cf infra, l’opposition nature/culture. En ce sens, tout homme a une culture, mais on ne dit pas qu’il est « cultivé », qui est le sens suivant. Cf texte infra

Le groupe 3 de mots renvoie au sens de « culture » comme savoir : Développement intellectuel d’un esprit, tant de la mémoire (connaissances) que de la capacité à manier des signes (langage verbal ou symbolique). Cependant, il faut distinguer culture et connaissances. La culture a pour objet un monde alors que les connaissances sont ponctuelles. La culture saisit dans la genèse (une culture scientifique par exemple, c’est ne pas avoir seulement la connaissance des résultats, des formules, mais aussi des procédures pour les découvrir, et même des contextes historiques qui ont présidé à leur éclosion).

TEXTE D ILLUSTRATION

Le mot « culture  » recouvre trois sens ou trois groupes de sens. Il est d’abord employé dans un sens technique par les ethnologues ou par les historiens des cultures, pour rassembler tous les éléments de la vie humaine qui sont transmis par la société, qu’ils soient matériels ou spirituels. Dans cette acception, la culture est co-extensive à l’homme lui-même, car il n’est pas jusqu’à la vie des sauvages les plus primitifs qui ne s’inscrive dans un univers social, caractérisé par un réseau complexe d’usages, d’habitudes et d’attitudes conservés par la tradition. Les techniques de chasse du Bushman sud-africain, la croyance de l’Indien nord-américain dans la sorcellerie, la tragédie grecque de l’Athénien sous Périclès, la dynamo électrique de l’industrie moderne, sont tous sans distinction des éléments de culture à part entière…De ce point de vue, tous les êtres humains, ou du moins tous les groupes humains, ont une culture, bien que leurs différences puissent être considérables et leurs degrés de complexité très inégaux. Pour l’ethnologue, il existe de nombreux types de cultures et une variété infinie d’éléments de culture, sans qu’il leur associe jamais aucun jugement de valeur. (…)
La seconde acception du mot est plus largement répandue. Elle désigne un idéal assez académique de raffinement individuel, élaboré à partir d’un petit nombre de connaissances et d’expériences assimilées, mais fait surtout d’un ensemble de réactions particulières sanctionnées par une classe et une longue tradition. (…)
La troisième acception du mot est la moins facile à définir et à illustrer de manière satisfaisante ; sans doute parce que ceux qui l’emploient sont eux–mêmes très rarement capables de formuler clairement ce qu’ils entendent exactement par le mot « culture ». Ce troisième sens participe de la première acception (l’acception technique) en ce qu’il met, lui aussi, l’accent sur les biens spirituels du groupe plutôt que sur ceux de l’individu. Il participe de la deuxième acception dans la mesure où il insiste sur un petit nombre de facteurs prélevés dans l’immense courant de culture dont l’ethnologue a révélé l’existence. (…)
La culture se rapproche ainsi de « l’esprit  » ou du « génie  » d’un peuple sans que ces mots ne lui soient d’exacts synonymes ; employés dans un sens vague, ils se réfèrent surtout au passé psychologique ou pseudo-psychologique d’une civilisation nationale, tandis que la culture comprend, en plus de ce passé, une série de manifestations concrètes dont on estime qu’elles sont particulièrement symptomatiques. On peut ainsi définir grossièrement la culture comme la civilisation, pour autant qu’elle comprend le génie national.

E. SAPIR, Anthropologie, 1967, trad. Baudelot et Clinquart, Minuit.

2/ Problématiques

1 Nature et culture.

Le naturel, c’est l’inné. Ce qui est naturel ne se manifeste pas nécessairement à la naissance elle-même, mais il résulte du développement de nos potentialités biologiques. A l’inverse, le culturel, c’est l’acquis, mais plus précisément ce qui est reçu par transmission, par éducation.

C’est pour cela qu’on dit très spontanément que tout ce qu’entreprend un animal est naturel (même la construction de son habitat), alors que ce que construit un homme est un produit culturel : c’est parce que l’homme, animal particulièrement sociable, est tel que la plupart de ses activités résultent de l’éducation qu’il a reçue de ses semblables

Et si en nous, la plus grande part est hérité, et non pas d’hérédité, l’origine en peut être trouvée dans notre caractère néoténique (expliqué à la page 158 (76 en ES et S) de votre manuel, texte de Edgar Morin)
2 La « nature humaine »

Y a-t-il une nature humaine ? Ou bien l’homme se crée-t-il lui-même ?

On appelle essentialisme les doctrines qui considèrent que l’homme a une destination, quelque chose à réaliser, bref une nature à accomplir (chaque fois qu’on dit « qu’il est dans la nature de l’homme de… construire, ou de conquérir, ou d’être curieux et de vouloir savoir, ou bien de procréer, etc.). L’homme aurait donc quelque chose de déterminé à faire pour être un homme accompli.

A l’inverse, l’existentialisme déclare qu’il n’y a pas de Nature humaine, que chaque individu invente librement ce que c’est « qu’être humain ». C’est la position que nous avions vu avec la philosophie de JP Sartre (cf cours sur la conscience).
3 Relativisme culturel et Universalisme

Le relativisme culturel est le fait de considérer qu’il n’ y a pas Une humanité avec des Valeurs valant pour tout humain, mais une diversité culturelle, et que chaque culture est souveraine pour proclamer ses valeurs

L’universalisme est le fati d’avancer qu’il y a certaines valeurs qui transcendent les diverses normes culturelles, et qui sont communes à chaque homme (exemplifiées dans les « Droits de l’homme », qui, pour les universalistes, doivent valoir pour tous, et justifient l’ingérence dans les différentes cultures pour empêcher certaines pratiques qui sont validées par ces cultures, mais intenteraient à la « dignité humaine »).

Critique du relativisme culturel

Le relativisme culturel affirme que toutes les cultures se valent, qu’il n’y a pas de hiérarchie. Elles ne sont pas comparables, elles n’ont pas les mêmes critères. Il ne peut pas y avoir inégalité, puisqu’il y a diversité.
Mais si on donne la souveraineté à la culture, alors on l’enlève à l’individu. Ça entraîne donc l’acceptation des hiérarchies entre les individus en son sein. Et on accepte aussi les différences de droits selon les cultures. La reconnaissance d’une diversité culturelle entraine celle d’une diversité des droits entre les individus selon les cultures. On a donc une culturalisation des droits. Et le fameux « droit à la différence » revient à une différence des droits.

L’Humanisme universaliste s’oppose à cette différence des droits des individus en fonction des cultures.
Etude de texte : Levi-Strauss et le relativisme des critère de civilisation 

Sociétés évoluées, sociétés primitives ?

Chaque fois que nous sommes portés à qualifier une culture humaine d’inerte ou de stationnaire, nous devons nous demander si cet immobilisme apparent ne résulte pas de l’ignorance où nous sommes de ses intérêts véritables, conscients ou inconscients, et si, ayant des critères différents des nôtres, cette culture n’est pas, à notre égard, victime de la même illusion. Autrement dit, nous nous apparaîtrions l’un à l’autre comme dépourvus d’intérêt, tout simplement parce que nous ne nous ressemblons pas.

La civilisation occidentale s’est entièrement tournée, depuis deux ou trois siècles, vers la mise à la disposition de l’homme de moyens mécaniques de plus en plus puissants. Si l’on adopte ce critère, on fera de la quantité d’énergie disponible par tête d’habitant l’expression du plus ou moins haut degré de développement des sociétés humaines. La civilisation occidentale, sous sa forme nord-américaine, occupera la place de tête, les sociétés européennes venant ensuite, avec, à la traîne, une masse de sociétés asiatiques et africaines qui deviendront vite indistinctes. Or ces centaines ou même ces milliers de sociétés qu’on appelle “ insuffisamment développées ” et “primitives ” , qui se fondent dans un ensemble confus quand on les envisage sous le rapport que nous venons de citer (et qui n’est guère propre à les qualifier, puisque cette ligne de développement leur manque ou occupe chez elles une place très secondaire), elles se placent aux antipodes les unes des autres; selon le point de vue choisi, on aboutirait donc à des classements différents.

Si le critère retenu avait été le degré d’aptitude à triompher des milieux géographiques les plus hostiles, il n’y a guère de doute que les Eskimos d’une part, les Bédouins de l’autre, emporteraient la palme. L’Inde a su, mieux qu’aucune autre civilisation, élaborer un système philosophico-religieux, et la Chine, un genre de vie, capables de réduire les conséquences psychologiques d’un déséquilibre démographique. Il y a déjà treize siècles, l’Islam a formulé une théorie de la solidarité de toutes les formes de la vie humaine: technique, économique, sociale, spirituelle, que l’Occident ne devait retrouver que tout récemment, avec certains aspects de la pensée marxiste et la naissance de l’ethnologie moderne. On sait quelle place prééminente cette vision prophétique a permis aux Arabes d’occuper dans la vie intellectuelle du moyen âge. L’Occident, maître des machines, témoigne de connaissances très élémentaires sur l’utilisation et les ressources de cette suprême machine qu’est le corps humain. Dans ce domaine au contraire, comme dans celui, connexe, des rapports entre le physique et le moral, l’Orient et l’Extrême­Orient possèdent sur lui une avance de plusieurs millénaires; ils ont produit ces vastes sommes théoriques et pratiques que sont le yoga de l’Inde, les techniques du souffle chinoises ou la gymnastique viscérale des anciens Maoris. L’agriculture sans terre, depuis peu à l’ordre du jour, a été pratiquée pendant plusieurs siècles par certains peuples polynésiens qui eussent pu aussi enseigner au monde l’art de la navigation, et qui l’ont profondément bouleversé, au XVIII » siècle, en lui révélant un type de vie sociale et morale plus libre et plus généreuse que tout ce que l’on soupçonnait.

 Claude Levi-Strauss, Race et histoire.

EXERCICE DE DISSERTATION
Sujet traité : La pluralité des cultures est-elle un obstacle à l’unité du genre humain ?
Il s’agit d’abord de s’accorder sur le sens de « unité » dans le sujet. Faut-il entendre :

1/ La paix, l’entente, la collaboration entre les cultures ?

2/ Le fait de ne faire qu’un ?

il faut plutôt l’entendre au second sens qui est plus abstrait.
Qu’est-ce que « le genre humain » ? Qu’est-ce qui fait que tel individu est dit « humain » ?

  • On peut définir l’humain à partir de l’espèce – biologiquement parlant. L’unité de l’espèce est une considération qui se base sur la génétique (une espèce regroupe tous les individus interféconds). En ce sens, la pluralité culturelle n’empêche nullement l’unité biologique de l’espèce humaine, cela va de soi. Et le racisme, qui veut introduire une diversité au sens biologique n’a pas de fondement, tous les individus de l’espèce homo sapiens sont interféconds, les différences d’apparence (couleur de peau…) ne sont pas signifiantes.Mais il ne faut pas confondre genre humain et espèce humaine. Et puis définir l’humanité par des caractéristiques génétiques, c’est sans doute manquer son objet. En effet, d’un point de vue purement génétique, des embryons élevés en série en laboratoire, et si la gestation hors-uterus (dans des bacs…) était possible, devrait-on appeler humains ces milliers de bébés nés dans des serres, alors qu’ils n’auraient aucun parent, aucune transmission, etc.

Si on définit le genre humain par des considérations universelles :

Par exemple le Travail, comme dans le marxisme, alors la diversité culturelle relève plutôt de l’obstacle de l’unité du genre humain, car elle pose des superstructures (droits, langues, religions, etc.) qui masquent l’identité de condition laborieuse, lesquelles constituent les infrastructures des sociétés. (pour le dire simplement, un ouvrier allemand et un ouvrier français en 14 partageaient la même condition, mais leur diversité culturelle (ici nationale, de langue, de folklore, etc.) masquait cette unité.

Autre exemple de considération universelle, les « droits naturels » ou « Droits de l’homme ». Là, il est connu que des cultures ne reconnaissent pas l’universalité de ces droits, qu’elle disent que ce ne sont que « les droits dans les cultures occidentales individualistes ».
MAIS

réflexion dialectique : pour qu’il y ait unité du genre humain, il faut que cette unité soit une unification, une unité en acte – car l’unité, ce n’est pas l’unicité. L’unité, c’est l’union. Et pour qu’il y ait union, il faut qu’il y ait une diversité qui s’unisse. Donc bel et bien une diversité qui permette cette union.

Ce qui rejoint ensuite le thème de la collaboration des cultures, (Levi-Strauss), à savoir que la civilisation qui fait ce que l’humanisme appelle justement l’humanité, n’a été rendue possible que parce que différentes cultures ont collaboré. Et qu’une culture isolé ne développe pas de civilisation (ce qui reste à voir…)

————

Quels sont les différents sens qu’on peut donner au mot « Culture » ?

Qu’est-ce qui oppose le naturel et le culturel ?

Expliquez ce qui oppose les relativistes culturels des universalistes avec leurs arguments.

Quels sont les critères retenus par la Civilisation occidentale pour évaluer du degré d’évolution d’une culture ? Quels sont leurs vertus ? Leurs faiblesses ?

Citez d’autres critères choisis par d’autres cultures.

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