Marx et le matérialisme historique

MarxMarx considère toujours que c’est le matériel qui conditionne le
spirituel.

Pour Marx, les données de notre propre conscience sont illusoires – au sens où on pense qu’on pense ceci ou cela parce que c’est notre personnalité, c’est nous, alors qu’on est
parfaitement inconscient des conditions réelles qui nous ont fait penser
ceci ou cela. Un peu comme quand vous regardez en ce moment l’écran de votre
ordinateur en lisant, et ne pensez pas que ce qui rend possible tout cela,
c’est l’électronique dans l’ordinateur dont vous ignorez tout. Eh bien ce
serait pareil pour tout ce qui se passe pour la conscience, et aussi pour
une société. Une société, un peuple croit qu’il tire de ses pensées toutes
ses idées, son art, sa religion, etc. alors que ceux-ci ne sont pour le
matérialisme marxiste que des conséquences directes, secondaires, ne sont
que des représentations dans le monde de l’esprit de ce qui est premier,
l’organisation économique et technique de cette société. Une illusion, comme
quand je crois être déprimé et voir la vie en noir, alors que c’est juste
que je suis en train de couver une grippe…

C’est pourquoi une société doit être analysée non pas en fonction de la conscience qu’elle a d’elle-même, mais des conditions matérielles de production de ces représentations.

Le premier s’appelle superstructure, le second infrastructure
– L’Infrastructure englobe tout ce qui relève du domaine de l’économie, c’est-à-dire
du Mode de Production des biens matériels. On y trouve donc les différents
types de moyens de production (production de type agricole, ou artisanale,
ou industrielle…) et les Rapports de production qui leurs sont inhérents :
ce sont les rapports entre les hommes qui participent à la production (Le
seigneur et le serf dans la société féodale, le petit artisan des
corporations, ou l’ouvrier salarié soumis à son patron…). – La
superstructure, c’est l’ensemble des représentations qu’on les hommes de la
société en question, la manière avec laquelle ils se pensent, eux et le
monde. On y trouve par exemple l’art, le droit, la religion. C’est ce qu’on
appelle en général la  » culture  » particulière d’une société.

La thèse de Marx est que l’Infrastructure est prédominante sur la
Superstructure, qu’elle en est la base, comme les fondations soutiennent le
reste d’une maison. C’est en cela que réside son  » matérialisme  » : toute
représentation repose sur les conditions matérielles de son existence ; ce n’est
pas la conscience qu’on a de soi qui entraîne la manière avec laquelle on va
vivre matériellement, mais l’inverse. Par exemple, on ne dira pas que dans
les pays de religion Juive ou Islamique, on n’élève pas de porcs parce que
la religion l’interdit, mais qu’on a cette interdiction religieuse parce que
les conditions matérielles ne permettent pas d’élever des porcs à cause de
problèmes d’hygiène que cela peut poser. Ainsi, une explication de type
marxiste consiste toujours à aller voir quelles sont les conditions
matérielles d’existence pour expliquer les modes de pensée. Marx s’est
principalement intéressé au Mode de Production capitaliste, apparu
principalement vers le 15ème et 16ème siècle. Le capitalisme a consisté à
modifier profondément l’infrastructure de la société occidentale, en
institutionnalisant le travail salarié. Auparavant, le salaire n’était pas
le mode économique d’existence prédominant. L’artisan ou le paysan
possédaient leurs outils de production, et commercialisait ses produits qui
lui appartenaient. Le capitalisme a principalement consisté à exproprier les
petits producteurs, c’est-à-dire à faire qu’ils ne soient plus propriétaires
de leurs moyens de production (en les leur achetant, après les avoir soumis
à rude concurrence), et ces petits producteurs ont alors dû aller travailler
pour d’autres personnes, les patrons capitalistes, propriétaires, et
recevoir en échange un salaire. Ainsi, l’ouvrier reçoit alors, par son
salaire, les moyens de subsister (parce que le salaire est calculé de telle
sorte que la Force de travail puisse survivre et continuer à travailler),
mais il ne peut pas augmenter son capital : il ne possède plus rien. Par
contre, le patron touche le bénéfice qui résulte du travail de ses ouvriers,
et ces bénéfices peuvent être réinvestis dans son capital. Son capital
augmente, ce qui lui permet d’exproprier d’autres producteurs plus petits
que lui. On assiste alors à une concentration du capital productif entre les
mains de personnes de moins en moins nombreuses, et à une augmentation
continuelle de ceux qui ne possèdent rien d’autre que leurs bras pour les
vendre sur le marché du travail (la classe ouvrière, prolétarienne selon le
mot de Marx). A cette nouvelle Infrastructure correspond alors une nouvelle
Superstructure : le capitalisme crée un  » Droit Bourgeois « , qui légitime la
propriété et la favorise (et un socialiste comme Proud’hon dira  » La
propriété, c’est le vol « ), mais aussi un  » Art bourgeois « , littérature,
théâtre…qui sont faits pour un public de bourgeois, qui parlent de
problèmes de bourgeois…(à l’inverse, l’URSS, à la révolution d’Octobre,
tentera de susciter un art populaire, prolétarien…). Marx dénoncera aussi
la Religion comme étant au service des intérêts des classes propriétaires,
puisqu’elle promet un autre monde (illusoire) qui compenserait les
inégalités subies ici-bas.  » La religion est l’opium du peuple « , opium qui
sert à endormir la conscience du peuple pour qu’il aille au travail sans se
révolter.

TEXTE D’ETUDE :

Qu’est-ce qui parle à travers notre conscience ?

 

     La production des idées, des représentations et de la conscience est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle. Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l’émanation directe de leur comportement matériel.

      Il en va de même de la production intellectuelle telle qu’elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc. de tout un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais les hommes réels agissants, tels qu’ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et des rapports qui y correspondent, y compris les formes les plus larges que ceux-ci peuvent prendre.

[…] De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie. Elles n’ont pas d’histoire, elles n’ont pas de développement ; ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de leur pensée. Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. Dans la première façon de considérer les choses, on part de la conscience comme étant l’individu vivant, dans la seconde façon, qui correspond à la vie réelle, on part des individus réels et vivants eux-mêmes et l’on considère la conscience uniquement comme une production secondaire, subordonnée.

 

                                                                       Marx/Engels, L’idéologie allemande

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