Que nous apporte l’hypothèse de l’inconscient ?

Voici le plan développé pour traiter cette question de dissertation

A – Une hypothèse qui explique, qui unifie des phénomènes divers

Cette hypothèse rend compte, donne des explications à des phénomènes auparavant obscurs, ou jugés sans importance, méprisés, comme :

les névroses actuelles telles que l’angoisse, les névroses de conversion, les rêves.

Mais on peut se demander si on doit accorder un sens à tout cela, aux rêves…

La psychanalyse postule que tous ces symptômes sont des manifestations de désirs refoulés et déguisés.

(Auparavant, d’autres théories du rêves avaient été mises en avant.

Bergson considérait que le rêve était construit par les matériaux extérieurs des perceptions nocturnes et que les souvenirs, habituellement filtrés par la conscience lucide, remontent à l’occasion de ces perceptions nocturnes, par ressemblance. Le détachement nocturne à l’existence et à l’action permet la réapparition de souvenirs profonds. )

Mais l’objection qu’on pourrait émettre à cette hypothèse de l’inconscient, c’est que cet « inconscient » est en lui-même assez obscur, qu’il semble même contradictoire en soi (comment une pensée pourrait-elle être inconsciente ? Soit c’est pensé, et c’est su, soit ça n’est pas su et alors ça n’est pas de la pensé. (Cf Sartre et son objection de la censure qui doit savoir et ne pas savoir ce qu’elle censure).

Pourtant, une hypothèse peut très bien en soi être obscure, ça n’est pas à cela qu’on reconnaît sa validité. Ce qu’on demande à une hypothèse, c’est d’être éclairante, sans qu’elle ait à être elle-même claire.

Par exemple l’hypothèse qui explique la chute des corps.

1- Aristote : les objets ont une place naturelle, un « lieu ». Leur chute, c’est qu’ils tendent à retourner « à leur place », qui est vers le bas.

2 – Descartes : Les objets sont poussés vers le bas par le choc continuel de particules imperceptibles d’un « vent d’éther », un « tourbillon » qui les plaque au sol

3 – Newton : la Gravitation Universelle : les corps s’attirent entre eux.

Aucune de ces hypothèses n’est en soi plus inacceptable que les autres. Celle de Newton qui est reçue aujourd’hui pose autant de problèmes que les autres (comment des corps pourraient-ils avoir une action a distance entre eux, sans aucun contact, cela paraît surnaturel…)

A cette objection que faisaient les mécanistes à Newton sur cette action à distance, et qui demandaient donc « ce que c’était » que cette force qui rapprochait les objets les uns des autres, Newton répondait qu’il ne « feignait pas d’hypothèses » entendu d’hypothèses métaphysiques sur la nature des choses. Disant par là : je ne dis rien de la nature des êtres, mais je suis capable de trouver des lois qui expriment des rapports constants entre des paramètres identifiables. Par exemple ici que la « force » qui rapproche deux êtres dépend de la masse de chacun et du carré de leur distance.

Et si on a considérée comme « vraie » l’explication par Newton de la chute des corps, c’est parce qu’elle avait une grande puissance opératoire (on pouvait grâce à elle prédire, calculer des trajectoires), donc si on veut que cette loi était pour nous « bien pratique ».

On pourrait écrire que la vérité d’une hypothèse est directement proportionnelle aux phénomènes qu’elle permet de prévoir, de mesurer, et inversement proportionnelle à leur« coût intellectuel », c’est-à-dire leur intelligibilité, et surtout peut-être leur maniabilité.

Bref, ce qu’il faut, c’est qu’une hypothèse soit « rentable ». Mais peut-être surtout qu’elle permette des prévisions et des calculs.

Cette conception de la vérité est dite « pragmatique ».

La définition pragmatique de la vérité, c’est que le Vrai n’est pas tant ce qui correspond à la Réalité, à « ce qui est tel que ça est » (ce à quoi de toute façon nous n’avons pas accès en dehors de l’expérience qu’on en prend), mais est Vrai « ce qui marche », c’est-à-dire ce qui nous permet des économies de pensées (la simplicité est un critère de vérité, comme le dit le Rasoir d’Occkham, parce que c’est bien pratique), ce qui rend l’ensemble de notre pensée globalement plus cohérente, sans contradictions internes. (Cf texte de James dans le chapitres sur la Vérité).

B – Une hypothèse qui permet également d’élargir le domaine de ce qui a pour l’homme du sens.

C’est une vertu qu’a la psychanalyse de rendre les vécus des hommes au vécu humain, et d’aller contre le réductionnisme, lequel consiste à réduire ce qu’on vit à des processus purement matériels, physiques, chimiques, etc.

Par exemple, avec les actes manqués, un réductionniste dira que si j’ai dit tel mot à la place de tel autre (lapsus), il ne faut pas y chercher une signification particulière, c’est la fatigue, une carence alimentaire ou énergétique, ou bien un « raté » de connexion neuronale – en tout cas un simple fait se déroulant dans l’ordre des choses matérielles, et pas un phénomène psychique.

Freud au contraire, avec sa « cure par la parole » donne une place considérable à l’interprétation. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas pour lui d’expliquer, c’est-à-dire de ramener à des lois physiques plus générales, mais de situer le phénomène dans un projet psychique, existentiel plus général (la vie du patient).

Reste à savoir ensuite si l’interprétation découvre le sens, ou bien si elle l’apporte. Ce peut être les deux, et la « donation de sens » par l’interprétation psychanalytique n’est pas indiscutablement une faute intellectuelle. Car en donnant du sens, on crée des récits, on élabore, et finalement, on unifie bien les vécus – ce qui n’est pas très différent de ce que fait la science elle-même dans son domaine avec ses Lois.

Pour le dire autrement, la subjectivité de l’interprétation psychanalytique est totalement revendiquée, puisque précisément, le patient n’est pas un objet, mais un sujet.

C – Enfin, cette hypothèse est une atteinte à un certain orgueil de la dignité humaine.

L’hypothèse de l’inconscient remet en cause la suprématie de la volonté humaine, du « volontarisme ». Certes, la morale humaniste a ses vertus, elle a créé la méritocratie, elle a valorisé l’autonomie morale, la liberté. Mais ceci pouvait avoir pour conséquence la culpabilisation (comme dans la philosophie de la liberté sartrienne, où on est finalement complice et responsable de tout ce qui nous arrive). Là, avec l’Inconscient, nous ne sommes pas « maitres dans notre propre maison », non qu’on en soit totalement dépossédé non plus par le réductionnisme (qui dirait « c’est les gènes, c’est le corps, etc. »), mais c’est réintégré à notre histoire globale, à l’unité de notre existence totale depuis notre plus petite enfance, dont nous ne sommes pas « responsables ».

L’autre aspect, c’est le renversement de la « hiérarchie psychique », car c’en est fini de la considération des désirs comme « pulsions animales » que la pensée rationnelle devrait dresser. Le Je est désir, et la tyrannie de la rationalité réduite par l’acceptation de la théorie de l’inconscient.

Donc, plan de la dissertation :

1/ L’hypothèse de l’inconscient rend compte de phénomènes épars

2/ Elle introduit l’interprétation dans ces phénomènes, et réinstaure la vie humaine comme subjective

3/ La souveraineté oppressante (névrotique) du moi rationnel est revue à la baisse, et place est faite au désir.

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