L’homme et l’animal – L’humanisme en question

Nous avons vu dans le cours précédent la manière avec laquelle progressivement, l’humanité s’est saisie comme étant essentiellement pensée. La réflexion socratique, la distance entre soi et le monde dessinée par les stoïciens, la démarche cartésienne du doute méthodique qui lui fait découvrir le cogito, et son être le plus intime comme « chose pensante », et à la même époque l’avènement des valeurs humanistes, comme dans le texte de Pascal où il est dit que « toute notre dignité consiste en la pensée ».
Cette valorisation de la pensée est celle de la conscience (car avec Descartes, la « pensée » tend à ne plus être une réalité spirituelle, comme un « esprit », une « âme » (même si elle l’est encore un peu comme « chose pensante »), mais plutôt l’acte de penser d’un sujet, ce qu’on appelle précisément la conscience. A partir de là, à tort ou à raison, un fossé va se creuser entre d’une part les hommes, reconnus comme doués de cette conscience, et les autres êtres vivants qui en sont déclarés incapables.
On peut donc dire que l’humanisme, qui valorise exclusivement l’Homme, ramène à une condition très inférieure les animaux.
Nous héritons de cette tradition humaniste, les « Droits de l’Homme » sont toujours le fondement de nos valeurs, mais nous nous apercevons, si nous voulont bien y regarder, qu’il y a un problème dans nos sociétés, un problème plutôt caché, un problème qui fait partie de l’arrière-boutique un peu honteuse, de ces problèmes occultés par les grands médias, révélés à l’occasion par un journaliste d’investigation qui va dans ces lieux peu accessibles au grand public (de même qu’on dit qu’on occulte la mort, la maladie, l’exploitation du travail, etc.), et ce problème, c’est celui du sort réservé aux animaux.
Je ne parle pas des animaux domestiques, parce qu’ils ont un statut assez spécial, on se demande parfois si ce sont bien des animaux ou bien des peluches animées (puisqu’ils sont configurés par croisement sur mesure pour l’agrément humain : mignons si possibles, très pacifiques, particulièrement serviles, etc.) – je ne parle pas de « l’imagerie animale » qui est servie aux enfants dans leurs livres illustrés, le cochon qui parle avec la vache, tous les deux radieux dans leur ferme proprette et ensoleillée… qui pourraient bien, si on avait l’esprit ainsi tourné, nous faire penser à une énorme manœuvre idéologique, un écran de fumée, une propagande de la pire espèce car elle s’adresse directement à des esprits non formés, pour nous faire croire que c’est cela, la vie des animaux familiers… alors qu’en réalité, ils sont parqués dans des enclos infects, privés de toute mobilité, etc.
Car c’est de cette animalité-là que je vais plutôt parler, de l’animalité exploitée

Vous trouverez sur Internet des films de sensibilisation à ces questions :
Le film Earthlings, Terriens. (documentaire militant qui concentre les violences faites aux animaux)
Adieu veau, vache, cochon (documentaire plus pondéré et qui décrit les conditions de production de la filière viande)

Ces descriptions n’ont pas le but d’horrifier, de choquer. Peut-être de sensibiliser et d’informer… mais surtout d’arriver à ma question, qui n’est pas une question émotive, qui n’est pas un cri du cœur, mais qui est une question qui concerne la Justice : elle est celle-là : qu’est-ce qui justifie que nous infligions ce sort aux animaux ?
Car de fait, la condition animale, c’est la condition que nous lui faisons, étant devenus l’espèce hégémonique sur la planète.
Les animaux sont en notre pouvoir. Ils sont très souvent maltraités (et le mot est pour bien des cas euphémistiques, car on voudrait dire comme Isaac Singer : « Pour les animaux, c’est Treblinka tous les jours ».

Un bon livre qui offre un aperçu de ces souffrances infligées aux animaux dans sa seconde partie, et qui en première partie expose les problématiques philosophiques liées à la condition animale, et donc je m’inspire largement pour ce cours :
Jean-Baptiste Jeanjène-Vilmer : Ethique animale (disponible au CDI)

Comment comprendre que nous ne sommes pas outre mesure scandalisés ?
Soit nous sommes ignorants
Soit nous cultivons cette ignorance par une lâcheté pas très justifiable
L’argument « qu’il y a des choses plus urgentes », déjà survivre soi, et les siens, et les hommes qui sont déjà dans la misère… présuppose déjà au moins que le sort d’un animal a beaucoup moins d’importance que celui d’un homme, ce qui est justement la question : pourquoi ?
Et donc si nous ne sommes pas si scandalisés, c’est que nous pensons qu’il n’y a pas un véritable scandale, comme l’est par exemple un génocide, (alors que… d’un certain point de vue, encore une fois, c’est Treblinka tous les jours)… et que s’il n’y a pas scandale, c’est qu’il y a des justifications à ce que le sort d’un animal ne puisse pas être comparé à celui fait à un être humain.
De fait, la juridiction dans tous les pays modernes fait un distinguo très important entre homme et Animal, puisqu’attenter à la vie d’un homme est un crime passible d’une très lourde peine, alors qu’attenter à la vie d’un animal, ou même de milliers d’entre eux, est un acte quotidien, parfaitement banal et légal.
La question est donc de savoir ce qui légitime cette énorme différence.

Cette question fait débat, et on peut diviser le « champ de bataille idéologique » de ce débat en trois positions :

1/ L’humanisme rationaliste
2/ L’abolitionisme
3/ L’utilitarisme

J’ai tenté de figurer les arguments de ce débat avec le schéma placé en annexe

Nous commencerons par examiner la légitimation de la coupure faite entre hommes et animaux par l’Humanisme rationaliste, puis nous présenterons le débat qui s’ensuit avec ses différents arguments, en suivant le plan suivant :

I/ L’humanisme rationaliste

II La critique utilitariste de l’humanisme

1/ L’antispécisme
A/ Les différences de degré sont partout.
réponse de l’humanisme
a/ La liberté
b/ la nécessité d’une limite

B/ Le problème des cas marginaux.

C/ L’égalité stricte des intérêts.

2/ L’anti-individualisme
A/ La sommation des intérêts
B/ La critique de l’existence de l’individu

III/ La critique abolitioniste de l’humanisme.

1/ Le droit à la vie

2/ l’abolitioniste reproche à l’humaniste son anthropocentrisme

IV/ Utilitaristes contre Abolitionistes.

1/ La « valeur inhérente » de l’individu

2/ L’impraticabilité de la position déontologiste

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I/ L’humanisme rationaliste

A priori, notre culture philosophique classique, pour nous occidentaux (et surtout Français semble-t-il), nous porte plutôt à ne pas m’émouvoir outre mesure face à ces descriptions des souffrances infligées aux animaux. Elle nous enseignerait même plutôt à nous scandaliser des rapprochements qui peuvent être faits entre cette condition faite à des animaux et les sévices qui ont pu être perpétrés contre des hommes. C’est une tradition humaniste, qui trace une coupure nette entre les hommes et les animaux, et interdit toute comparaison. C’est elle sans doute sur laquelle nous faisons fond pour avoir, non pas une cruauté délibérée vis à vis des animaux, mais une certaine indifférence parce que « ce ne sont que des bêtes », ça n’a rien à voir. Donc qu’assez spontanément, nous hurlerions si nous apprenions que des essais médicaux étaient faits sur des êtres humains, sous prétexte qu’ils sont pauvres ou handicapés par exemple, mais que ça ne nous émeut pas outre mesure de savoir qu’ils sont faits sur des singes. Notre différence de réaction est très importante.

Les origines du spécisme
La tradition humaniste de notre culture. Les défenseurs de la cause animale l’appelle la tradition « spécistes », c’est-à-dire qu’elle valorise infiniment plus les individus humains que les individus non humains à cause du simple fait qu’ils appartiennent à l’espère humaine, laquelle doit donc avoir une différence de nature avec les autres qui la rend incommensurable.
A/ Origine naturelle ?
l’hypothèse d’une solidarité intro-spécique
(je note simplement au passage, mais sans y appuyer, que le fondement du spécisme pourrait bien résider dans quelque chose de beaucoup plus primaire que des raisons objectives séparant de fait l’animalité et l’humanité, ce serait un égoïsme primitif qui se traduit en une solidarité spontanée pour nos semblables avec qui, en une « union sacrée », nous nous rallions contre les autres espèces.). Seulement, l’ethnologie ne confirme pas spécialement cette hypothèse, bien des sociétés ont prêté plus de valeurs à certains animaux (sacrés) qu’à des hommes (esclaves…)
L’homme contre la nature, la loi du plus fort.
Autre idée assez spontanément, sur un caractère naturel du spécisme : la lutte pour la vie entre les espèces, la ligue de l’homme contre la nature : c’est la loi de la nature, c’est la loi du plus fort. Alors, arguer de la « loi de la nature », c’est tout de même difficile dans la mesure où nous sommes totalement sortis du cadre naturel, celui de la lutte au « corps à corps », la chasse, ses dangers. Mais l’argument de la « loi du plus fort » demeure valable. Car après tout, la recherche des « justifications rationnelles » pour distinguer l’homme de l’animal sont tellement alambiquées qu’il y a tout de même soupçon. Alors que l’affaire est simple : j’accorde des droits souverains à tout homme parce qu’en retour, j’en bénéficierai moi-même, et cela dans la mesure où je me sais menacé. Bref, j’acquiers par ces droits que j’accorde aux autres une protection. Et lorsque je me rends compte que je dois l’accorder à d’autres parce qu’ils commencent à me menacer, alors je les intègre dans le cercle des bénéficiaires des droits. C’est donc la force et les rapports de force qui priment. On a commencé à accorder des droits égaux entre les races parce que leurs manifestations devenaient menaçantes.
Eh bien, avec la Nature, ce serait la même chose. Tant qu’on la craignait, on la respectait aussi, on restait à sa place. Mais à un moment, un certain sentiment de puissance nous a fait nous dire que nous pouvions nous passer de lui accorder des droits, de la respecter, tout simplement parce que nous la craignions moins. Le « contrat naturel » pouvait ainsi être rompu, car on n’avait plus besoin de ce contrat. Avec les forces de l’industrie, l’homme a triomphé, et le contrat naturel a été absolument révoqué.
De nos jours, le rapport de force semble changer, la Nature est de nouveau crainte :
1/ La crise énergétique, c’est la perte de notre capacité à modeler la Nature comme nous l’entendons
2/ La pollution et l’épuisement des ressources naturelles nous rappelle que nous dépendons de la nature, que nous sommes en position de demander, et pas seulement d’exiger.
3/ Les dérèglements climatiques mettent dans la perspective de catastrophes très onéreuses.
Et comme par un fait exprès, simultanément avec ce changement dans le rapport de force, nous nous mettons à reconsidérer la question d’un « droit des animaux », de droits de la Nature et des êtres naturels… Comme quoi, le droit n’est jamais qu’un rapport de force.

B/ Origine religieuse
A une origine dans la culture religieuse chrétienne, ou plus généralement monothéiste, qui tend à désacraliser la nature, à donner toute la valeur à l’Esprit transcendant la Nature, nommé Dieu. L’esprit n’est pas dans les choses, le croire est une superstition, un paganisme. Il n’y a rien à respecter dans la nature sinon qu’elle est une créature de l’Esprit, qui seul est respectable. (Ce n’est donc évidemment pas le cas dans les polythéismes).
L’homme est fait à l’image de Dieu, donc seul l’homme a réellement une valeur, par cette ressemblance. Les animaux sont aussi des créatures de Dieu, mais elles sont mises par Lui à sa disposition. « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme ». Dans les Evangiles, il est mentionné un âne, un bœuf, des poissons, un coq, une colombe, un agneau… mais soit ces animaux ont une valeur purement symbolique, ils sont là pour être sacrifiés… ou en tout cas jamais ils ne sont pris en considération pour eux-même, et ne sont nullement l’objet de l’attention ni de Dieu ni des hommes.
C/ Origine idéologique
Une origine rationaliste qui se fonde dans l’Antiquité. Quelques repères de doctrines célèbres :
– Pythagore est notoirement végératien, (mais c’est à cause de sa théorie de la métempsychose, selon laquelle un animal peut receler l’âme d’un humain défunt)
– Pour Platon, l’animal est physiologiquement rivé à la terre, les yeux vers le sol, et donc incapable de s’adonner aux Idées. Il est donc ontologiquement très dégradé, car il n’est que sensible.
– Aristote hésite sur la question de la continuité ou de la discontinuité entre animaux et humain, mais il les distingue en ce que, pour lui, la visée de l’animal est le simple Vivre, alors que l’homme a pour destination de « bien vivre », selon le bonheur et non seulement le bien-être, et selon la justice. Sur ce dernier point, il est unanimement soutenu qu’il n’y a pas de rapport de justice ou d’injustice avec les animaux, car ces rapports supposent la rationalité (pouvoir établir un contrat qui soit rompu, ou être un sujet conscient de soi)…

Toujours est-il que ces deux branches de notre civilisation occidentale a produit un humanisme qui réserve un statut très secondaire, très dégradé aux animaux.

– Dans la modernité : Une thèse tout à fait extrême, et tout à fait connue, est celle des « animaux-machine » de Descartes. Pour Descartes, il y a essentiellement deux substances, la pensée (la conscience) et la matière (l’étendue). La pensée, je le connais directement par le cogito, et la matière, j’en connais les caractéristiques par reconstruction dans mon entendement mesureur. Nous sommes les deux, une pensée, essentiellement rationnelle, jointe à un corps purement matériel. Mais les animaux ne sont que matériels, ils n’ont pas d’âme (de conscience). Leurs comportements sont mécaniques, et non pas dictés par une Volonté. Et c’est de l’anthropomorphisme que de leur prêter des intentions actives (volitions) alors qu’ils sont agis par leur environnement extérieur. Ils tournent à droite parce qu’attirés par une proie, un appétit. C’est une faute intellectuelle que de prêter de l’esprit aux animaux. Mais pire, c’est une faute morale :
En fait, métaphysiquement, cette thèse des animaux-machines peut sembler assez forcée, s’opposer à l’expérience (il semble pourtant bien que les animaux sentent des choses, la douleur par exemple (Malebranche…), et même pensent, décident…), mais Descartes et le rationalisme qui va le suivre incite à résister à ces données de l’expérience, car il s’agit au fond d’une certaine éthique qui est en jeu : celle de l’émancipation de l’homme du règne de la nature, de la dignité qu’il acquiert du fait d’être Esprit, et non pas Etre Naturel – parce qu’on tend à ne vouloir estimer que la Bonne Volonté, et ne plus juger quiconque en vertu de ses qualités naturelles (car valoriser selon la nature, c’est valoriser selon la naissance, selon les talents innés, et cela s’oppose à l’aspiration moderne à l’Egalité de droit entre les hommes et à l’Universalité). C’est cette tendance à la reconnaissance de l’égalité de tout individu, certainement très respectable en soi, qui a fait faire des contorsions pour couper l’Homme de la Nature, de le définir par cette opposition qu’il aurait à la Nature dans d’autres facultés (conscience, rationalité, libre-arbitre), et donc par une coupure d’avec le règne animal.
Un exemple chez un des derniers grands représentants de l’humanisme métaphysique, Jean-Paul Sartre, et sa fameuse phrase dans Les Mots : « quand on aime trop les enfants et les animaux, on le fait contre les hommes ». La description de la fascination morbide qu’éprouve son Grand-Père pour le petit garçon qu’il était, auréolé de sa « vie », de sa nature, innocente, spontanée… le Grand-père qui avait été un homme intransigeant, un homme de la Loi, du Devoir, qui s’agenouillait à la fin de sa vie devant le naturel… la sensiblerie devant les agagabeubeu des enfants, les cimetières d’animaux où des hommes éplorés viennent parler par delà la tombe à leur chien défunt… aucune dignité…

Bref, c’est la culture humaniste, qui place l’humanité dans la dignité de la moralité, le mérite personnel, la capacité à résister aux appétits naturels qui ne sont « que » du corps, quitte à y sacrifier son propre bien-être qui n’est pas l’essentiel. Une culture d’ailleurs assez malmenée aujourd’hui, parce qu’on tend à valoriser souvent l’inverse : les talents plus que les mérites, les qualités physiques sont montées au pinacle, la recherche du bien-être, du soin de sa propre personne, du « care » est l’alpha et l’omega… et une irrépressible nouvelle valorisation du « naturel » apparaît dans les vitrines des magasins, les émissions de télévision. Et, peut-être dans cette mouvance-là, apparaît, un petit peu, mais pas beaucoup, une certaine sensibilisation à la condition animale. Ma question pourrait alors se poser selon cette alternative : la sensibilité à la condition animale est-elle un symptôme de ramollissement des idéaux humanistes, ou bien la prise de conscience enfin du scandale d’une injustifiable exploitation ?

II La critique utilitariste de l’humanisme

L’utilitarisme est une philosophie d’origine anglo-saxonne, née aux 18ème et 19 siècles, Bentham, Mill, et qui considère que toute la morale doit être pensée non pas par rapport à des idéaux métaphysiques, ou même de notions de droits et devoirs, mais à partir des intérêts des individus qu’on considère. Ainsi, pour l’utilitarisme, une action est bonne non pas quand elle respecte un principe moral établi, mais quand la somme des intérêts qu’elle entraîne est supérieure à la somme des nuisances.

L’utilitarisme de Singer. Un texte d’introduction à sa manière de poser le problème :

Si l’on regarde l’évolution passée du concept d’éthique pour l’Homme, on voit que le cercle de ses bénéficiaires s’est constamment élargi. Quand l’Homme vivait encore dans des groupes de 200 individus, il ne fallait respecter l’éthique que dans la tribu. Il n’y avait pas de considération éthique qui vaille vis-à-vis des autres groupes, on pouvait tuer l’autre. Avec l’apparition de du langage, le cercle s’est élargi. Pourtant, au dix-neuvième siècle, le racisme et l’esclavagisme existaient encore. On pouvait posséder d’autres êtres humains, les faire travailler pour soi comme des outils ou s’accaparer leurs enfants. La Déclaration des Droits de l’Homme y a mis fin. Beaucoup pensent qu’on est allé assez loin. Mais après 1000 ans d’une telle évolution, on en arrive aux frontières de l’espèce humaine. Nous sommes pourtant toujours aussi aveugles, comme l’ont été les racistes, vis-à-vis des milliards d’autres êtres sensibles qui peuvent souffrir et ont une conscience. Il existe un parallélisme entre notre manière de traiter les animaux et la manière qu’avaient les racistes de traiter les êtres humains appartenant à la  » mauvaise  » race. Nous ne devons pas cesser d’élargir le cercle.
Peter Singer, Entretien ARTE

1/ Les arguments antispécistes
A/ Les différences de degré sont partout.
Mettre une différence de degré absolue entre hommes d’un côté et tous les animaux de l’autre est abstrait, absurde, arbitraire.
Si on est sans a priori métaphysique (les termes abstraits qui découpent le réel en espèces, qui ne sont que des abstractions), on ne peut pas trouver une coupure nette entre ceux qu’on appelle les hommes d’une part et les animaux d’autre part. C’est même absurde de le penser (homme – chimpanzé – éponge… quel est l’intrus?…). Le mot « animal » ne signifie souvent rien d’autre que « non-humain », et par conséquent, l’opposition homme/animal repose sur une pétition de principe (elle est dans la définition, et donc présupposée, alors qu’elle était la question posée).
Un utilitariste préférera parler d’animaux humains et d’animaux non-humains.

A’ La réponse de l’humanisme :
Les humanistes considèrent que la coupure faite entre hommes d’une part et animaux de l’autre n’est pas absurde ni arbitraire, qu’elle a une justification objective.
Ils sont donc mis en demeure de
1/ montrer cette coupure
2/ montrer aussi que cette coupure justifie une différence de valorisation. (Si par exemple on arrivait à déterminer que l’homme était le seul « bipède sans plume », ça ne justifierait pas que lui seul a un droit à la liberté, à la vie, etc.)

Les humanistes vont ainsi avancer deux principaux arguments, selon lesquels un homme, ça n’a rien à voir avec un animal :

1/ Premier argument : La liberté

Un texte de Luc Ferry pose nettement ce problème et propose une réponse :

Comment répondre à la question sans cesse mise en avant : au nom de quel critère rationnel, ou même seulement raisonnable, pourrait-on prétendre dans tous les cas de figure devoir respecter davantage les humains que les animaux? Pourquoi sacrifier un chimpanzé en bonne santé plutôt qu’un être réduit à l’état de légume?
Si l’on adoptait un critère selon lequel il y a continuité entre les homes et les bêtes, on aurait peut-être raison de considérer comme « spéciste » la préférence accordée à l’être humain. Si nous prenons en revanche le critère de la liberté, il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’il nous faille respecter l’humanité, même en ceux qui n’en manifestent plus que les signes résiduels. C’est ainsi qu’on continue de traiter avec égard un grand homme pour ce qu’il a été dans le passé lors même que les atteintes de l’âge lui ont ôté depuis longtemps les qualités qui avaient pu en faire un artiste, un intellectuel ou un politique de génie. Pour les mêmes raisons, nous devrions mettre la protection des œuvres de culture au-dessus de celles des modes de vie naturels des animaux.
Luc Ferry, L’ordre écologique, p. 104
Ainsi, on voit que les humanistes ne posent pas la coupure Homme/animal sur des capacités physiques ou mêmes mentales (l’intelligence, la capacité à gérer de l’information), mais plutôt sur des critères moraux. Et que le pilier de cette distinction par la morale est celui de la liberté.
Pour comprendre ce point, reportez-vous à l’analyse du texte de Rousseau à laquelle Ferry fait lui-même implicitement allusion.

2/ L’animal ne souffre pas

Les cartésiens soutiennent que la douleur, si elle n’est pas unifiée par une conscience qui la conserve, l’anticipe, l’unifie, n’est qu’un point qui n’est pas senti. C’est assez clairement exprimé par exemple dans ce petit texte d’Alain :

Toute douleur veut être contemplée, ou bien elle n’est pas sentie du tout. Qu’est-ce qu’un mal d’un millième de seconde et aussitôt oublié ? La douleur, comme d’un mal de dents, suppose que l’on prévoit, que l’on attend, que l’on étale quelque durée en avant et en arrière du présent ; le seul présent est comme nul. Nous craignons plus que nous ne souffrons. (Propos sur le bonheur, « Accidents »)

3/ La nécessité d’une limite, fût-elle arbitraire
c’est justement parce qu’il est très difficile de poser une limite (et si on n’en pose pas, on ne s’en sort pas, car le droit à la vie ne se divise pas…), donc on profite du caractère isolé (par chance…) de l’espèce humaine…

B/ Le problème des cas marginaux.
se pose alors la question des « cas marginaux » qui embête les rationalistes moraux : a-t-on des devoirs moraux vis à vis des enfants, des handicapés mentaux, des grabataires, qui, n’étant pas des agents moraux, ne seraient pas non plus des patients moraux ?
Réponse de l’humanisme : L’humanité n’est pas une simple catégorie abstraite, sans aucune réalité substantielle. Car l’humanité n’est pas nature mais culture. Sujet de son histoire.
Mais repensons au texte de Rousseau, du pigeon mourant de faim devant un plat de viande, c’est-à-dire de la programmation stricte par l’instinct naturel de tous les comportements des individus. Aucun écart. Et l’écart apparaît chez l’homme. Il fait autre chose. Qu’on dise que ce « faire autre chose que ce à quoi pousse l’instinct » est la nature de l’homme est jouer sur les mots, parce que si on pose que le naturel est le cyclique, la reproduction… alors justement, on voit un fait qui a la dent dure : les hommes ont une histoire, chaque génération ne reprend pas au même endroit, ceci est la principale, et peut-être la seule différence entre l’homme et l’animal, qui peut se résumer dans ce simple mot de culture. L’humanité, c’est la culture humaine? Qu’est-ce que la culture? C’est le patrimoine, le savoir transmis, c’est tout à fait immatériel, c’est essentiellement véhiculé par le langage (lequel est également un point de distinction assez net (mais là, relativement) avec l’animal, dans la mesure où le signe dans le langage humain est conventionnel, arbitraire, c’est-à-dire totalement détaché de l’expression naturelle).
L’humanité est donc culture, et non nature, elle est patrimoine, transmission, bref, éducation et histoire (remarquez que ce sont les principaux sujets de réflexion de Rousseau, l’éducation dans l’Emile, et l’histoire dans le Discours sur l’Origine des inégalités – quand bien même sentimentalement, il se fait un chantre de la nature).
Et alors? Quel conséquence pour le sujet qui nous intéresse? Pour la question de savoir pourquoi n’importe quel homme vaut infiniment plus que n’importe quelle bête? Pourquoi ne pas dire, comme Singer, que la vie d’un cochon peut avoir plus de valeur que celle d’un vieillard devenu grabataire?
C’est que, pour le dire simplement, un animal n’est rien puisqu’il ne fait rien (rien qu’être un exemplaire d’une espèce qui existe de toute façon), alors qu’un homme n’est pas essentiellement un exemplaire de l’espèce humaine, il est partie prenante de la construction de l’humanité – puisqu’on l’a vu, l’humanité n’est pas (comme l’est une espèce naturelle), mais elle se fait, puisqu’elle est culture, et donc chaque individu est partie prenante de cette construction de l’humanité. Si l’humanité était faite comme l’est une espèce naturelle, alors un individu de plus ou de moins, cela n’a aucune importance. Mais puisque l’humanité se fait historiquement à travers l’existence de chaque individu humain, alors attenter à la vie d’un seul, c’est attenter à celle de toute l’humanité (même si c’est pour une part infime).

C/ L’égalité stricte des intérêts.
Rejet par l’utilitarisme de cette idée qu’un individu vaut par son appartenance à un être général, une « espèce ». L’individu est indépassable, car c’est lui qui éprouve, qui est seul sujet.
On doit faire abstraction de l’individu, de « l’argument ad hominem », c’est-à-dire du « porteur » de l’intérêt. Car c’est là que résident les racismes, sexismes, etc. Un intérêt est un intérêt, quel que soit celui qui l’a émis. Et donc idem si c’est celui d’un animal.
Le principe donc  : Un égalitarisme intransigeant. C’est-à-dire qu’a priori, il n’y a aucune justification à ce que les intérêts d’un individu aient plus de droit à la considération que les intérêts d’un autre individu, parce qu’il s’agit de tel ou tel individu. Un intérêt est un intérêt, il est vécu subjectivement comme tel et c’est tout ce qui compte. Ceci évite toutes les discriminations qui se font sur les personnes, « ad hominem » si on veut, c’est-à-dire non plus sur ce qui est pensé, vécu, mais sur l’objectivité de celui qui porte cette pensée, cet intérêt. On ne rejette pas un intérêt parce qu’il provient d’un enfant, d’une femme, d’un étranger, d’un animal, etc. On ne doit considérer que cet intérêt lui-même. Ces intérêts ne sont pas les mêmes selon les individus, bien-sûr, un animal n’a pas les mêmes qu’un homme, mais le fait qu’il soit un intérêt d’un animal ne change rien à sa valeur
Réponse de l’humanisme : Oui, c’est la justice de ne pas considérer l’individu qui est derrière l’intérêt poursuivi, c’est ce qu’on appelle l’impartialité. Mais tous les intérêts ne se valent pas. Et les animaux n’ont que des intérêts sensibles. Or précisément, en morale, la sensibilité ne doit pas compter (kantisme).
Ce qui est particulièrement vrai dans la conception de la justice, où on s’attache précisément pas aux intérêts sensibles, à l’équité – le critère essentiel étant la dignité de la personne. A la limite, la souffrance sensible peut être considéré comme un certain bienfait dans certaines morales (exercice du dépassement volontaire…)
(A cela, un utilitariste répondra facilement qu’un animal, puisqu’il est limité à la vie sensible, n’a absolument aucun intérêt à souffrir dans le sensible pour « s’élever » à quelque autre sorte de vie spirituelle)

2/ L’anti-individualisme

(critique conjointe de l’humanisme et de l’abolitionisme, qui défendent les Droits, de tout individu pour le second, de la personne humaine pour le premier). – marqué en bas sur le schéma
L’utilitarisme évite toujours de parler en termes de droits fondamentaux. Car cela interfère avec son critère qui est celui de l’optimisation GLOBALE des intérêts. Or, le respect des droits fondamentaux peut très bien aller à l’encontre de cette optimisation.
Cf les 2 expériences de pensées mentionnées lors d’une conférence précédente : la foule déchaînée et la transplantation devenue folle. Débat entre déontologistes (ce que sont les humanistes rationalistes) et les conséquentialistes (que sont les utilitaristes).
A/ La sommation des intérêts
réponse humaniste : droits fondamentaux, on ne peut utiliser l’être humain comme moyen
De plus : étrangeté de ces « somme des intérêts » qui, elle, n’a pas de sujet. Le subjectif, c’est individu par individu. Le transplanté ne peut pas compter, chacun n’a qu’une vie, et les vies ne s’additionnent pas.

b/ La critique de l’existence même de l’individu, de son unité réelle
(depuis Hume : il n’y a pas d’unité de moi, chacun n’est qu’une succession éparse d’intérêts)
Réponse de l’humanisme : qui insiste toujours sur l’unité et la substantialité du Moi (la res cogitans de Descartes, l’unité transcendantale de l’ego chez Kant, etc.)

III/ La critique abolitioniste de l’humanisme.

Les abolitionistes (ou théoriciens des Droits des animaux). Plus radicaux. Font de la cause animale une question de principe, de droits absolus des animaux violés continuellement, et donc de manière criminelle. Isaac B Singer (pas le même) : « pour les animaux, c’est Treblinka tous les jours ».
A/ En tant que sujets d’une vie, les animaux ont des droits absolus et imprescriptibles. Le droit de mener à bien cette vie, de la déployer (avec un fondement assez métaphysique de la valeur en soi de la vie, une sacralisation au fond de la vie et de la nature… dont le fondement est difficile à poser, dans la mesure où il n’est pas celui d’une subjectivité. A moins qu’il ne s’agisse de la subjectivité divine)
Le partisan des droits pose, on l’a un peu vu, qu’un individu dispose en tant que tel de droits, indépendamment de son vécu, de son utilité pour les autres. Des droits fondamentaux. Et ils considèrent que les animaux ont ces droits du seul fait d’être « sujets d’une vie ». Comme on l’a dit, le fondement est assez vague, car il repose sur des valeurs métaphysiques (la Nature, ou Dieu…)
Le point de départ semble presque négatif, au sens où les partisans de la théorie de droit ne semblent pas éprouver particulièrement la nécessité de justifier leur conception du droit des animaux, parce qu’ils posent plutôt le problème dans l’autre sens : pourquoi n’en auraient-ils pas ? Ou de quel droit l’homme considère-t-il qu’il en a plus qu’eux à vivre et s’épanouir.
A partir de là, leurs revendications sont très intransigeantes, dans la mesure où ils n’acceptent tout simplement pas le fait qu’on puisse considérer les animaux comme étant pour nous des ressources légitimes (Regan) ou bien qu’à l’origine, il soit inepte de penser qu’ils puissent être notre propriété – pas plus qu’on ne considère aujourd’hui qu’il puisse être juste qu’un être humain puisse être la propriété d’un autre (esclavage, droit de vie et de mort).

Réponse de l’humanisme : « être vivant » ne fonde pas un droit. Les droits fondamentaux supposent d’autres conditions que celle « d’être en vie ». Ce droit, c’est la capacité morale – pour certains le fait de pouvoir contracter (pour ceux pour qui il n’y a de droit que convenu par reconnaissance mutuelle contractuelle – or, les animaux ne peuvent pas ainsi contracter, donc ils ne doivent rien à personne et personne ne leur doit rien. Ils sont amoraux et a-juridiques). Ou capacité morale qu’il faut trouver au moins dans la conscience de l’unité globale d’une vie (existence). Bref, subjectivisme, avec lequel l’utilitarisme est d’accord.
La liberté, l’opposition justement à la nature, est le seul fondement possible au droit.

B/ l’abolitioniste reproche à l’humaniste son anthropocentrisme (pourquoi ériger les facultés dont disposent les hommes comme nécessaires à l’obtention des droits fondamentaux, du droit à la vie ? Et pourquoi pas les facultés dont disposent les animaux ?
Réponse de l’humaniste : le reproche inverse d’anthropomorphisme, qui est une erreur de jugement naturelle et contre laquelle il faut lutter.
De plus, c’est une nécessité morale : si on veut atteindre l’égalité entre les hommes, fondement de nos démocraties, il faut ériger en valeur les facultés qui nous sont communes, et c’est la rationalité, le libre-arbitre, mais pas les facultés de type animal, sensibles. Celles-là nous divisent.

IV/ Utilitaristes contre Abolitionistes.

Le débat au sein de l’éthique animale, entre les deux grands courants que nous venons de voir, alimente le débat anglo-saxon. (l’humaniste rationaliste continental est assez peu considéré, considéré comme purement et simplement spéciste, archaïque).

A/ la critique par les abolitionistes de la suppression de la « valeur inhérente » de l’individu, dont les droits fondamentaux ne peuvent se ramener à un calcul de l’utilité collective.
(La tante Béa de Regan) – lire le texte de Regan

Réponse de l’utilitariste :
– le fondement métaphysique de cet individu est irrecevable. Un individu n’est que les intérêts (sa pensée au sens très large si on veut) dont il est capable. S’il n’a plus d’intérêts, il n’est plus. (p.ex. Les morts, les cadavres, ou bien les individus dans un coma irrémédiable… mais on se rapproche encore des cas marginaux, les vieillards grabataires, les enfants en bas âge ou les handicapés orphelins…)
Alors que dans l’approche par les intérêts « réels », « vécus », nous avons le droit de maltraiter un animal dans la stricte mesure où les intérêts globaux sont supérieurs à la nuisance subie par l’animal. Il n’est donc pas a priori immoral d’utiliser, voire de faire souffrir un animal, cela va dépendre du calcul.
Avantage : au moins, c’est proche du réel. Le fondement est clair.
Exemples :
La différence entre tuer et faire souffrir.
Cela évite le problème massif des « valeurs de vie » (Singer : la vie d’un animal, comme d’un handicapé, peut-être vaut-elle moins que celle d’un homme – et ici, il rejoint la doctrine des capacités – mais pas celle de la souffrance)
Donc des distinctions plus justes, par rapport aux intérêts de chacun. Par exemple, il est très cruel pour un animal de l’enfermer, bien plus que de le tuer, car il a un intérêt fondamental à la liberté, mais pas à la vie. Un homme est très différent.

de plus, on ne peut donner une valeur absolue à un individu, cela nous empêcherait de sortir au cinéma : L’utilitarisme se défend contre cette idée qu’il y a un droit absolu à la vie, qui par là devient incommensurable avec les utilités de tous les autres à la disparition de cette vie. Si c’est incommensurable, alors il n’y a plus aucun calcul possible. Or, nous faisons tous les jours ce calcul, par exemple quand nous allons au cinéma en voiture en risquant d’écraser un piéton. Ce que nous calculons, c’est que le plaisir de voir un film ne peut pas se payer au prix de la mort d’un piéton, qui est un prix beaucoup trop élevé – mais l’élevation de ce prix étant compensée par la très faible probabilité que cet accident arrive, nous estimons, au terme de ce calcul, que nous pouvons aller au cinéma. Si la vie était un droit incommensurable, infini, on ne pourrait pas faire le calcul, la multiplication, et on n’irait jamais au cinéma..

B/ Ce qui amène à une autre critique, cette fois en partant des utilitaristes contre les abolitionistes : l’impraticabilité de la position déontologiste
Si, comme le disent Regan et Francione, il faut abolir l’idée même d’utiliser un animal pour notre profit, l’idée même de propriété, alors il faut cesser l’expérimentation animale pour la médecine, il faut cesser d’élever les animaux… un veganisme absolument radical…
Et donc cela discrédite la cause de la libération animale, cela met de l’extrêmisme, du fanatisme et du terrorisme dans ce combat qui ne doit pouvoir se faire qu’avec circonspection, proximité avec le réel, bref avec discernement.
Réponse de l’Abolitioniste :
Le welfarisme (améliorer le bien-être des animaux, sans rentrer dans une lutte pour leurs droits) ne fait que donner bonne conscience, ne fait qu’alléger ponctuellement certaines conditions, mais cela est reperdu aussitôt… tant qu’on n’a pas radicalement changé non pas les pratiques, mais les conceptions mêmes qu’on se fait de l’animal, qui doit être considéré comme notre égal.

Pour conclure : … ils sont pas d’accord.

Le débat de l’Ethique animale

Les animaux et nous - schéma

Légende :

Bleu, Mauve et Jaune : les trois philosophies et un de leur principal représentant (respectivement : Luc Ferry pour l’Humanisme, Peter Singer pour l’Utilitarisme, et Tom Reagan pour l’Abolitionisme)
En vert : les arguments que les écoles reliées partagent
En rouge : ceux sur lesquels elles divergent.

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LES QUESTIONS QUI POURRAIENT ETRE POSEES EN INTERRO… :

Qu’est-ce qui caractérise ce mouvement de pensée qu’on appelle « humanisme » ?
Qu’est-ce qu’être « spéciste » ? Quelle est l’origine de cette doctrine ?
Quel est le rapport courant que les gens entretiennent avec « les animaux » dans notre société ? En quoi est-il rempli de contradictions ?
Les animaux sont assimilables à des machines, pense Descartes. Comment en vient-il à cette thèse ?
D’où vient que nous nous soucions aujourd’hui d’éthique animale ?
En quoi la dévalorisation de la nature et des êtres naturels peut elle contribuer à construire des principes de morale largement approuvés de nos jours ?
Quels sont les principes de l’utilitarisme dans le domaine moral ?
L’humaniste affirme qu’il y a une coupure entre hommes et animaux. Quels sont ses arguments ?
En quoi le langage peut-il être aussi ce par quoi une coupure entre l’homme et l’animal peut être légitime ?
En quoi consiste l’argument des « cas marginaux » ?
« L’animal est nature, l’homme est histoire ». Expliquez cette affirmation. Quelle conséquence cela peut-il avoir sur la différence de sort qu’on peut réserver aux hommes et aux animaux ?
En quoi consiste l’argument utilitariste de « l’égalité stricte des intérêts » ?
Que répond l’humaniste à cet argument ?
Qu’est-ce que la « sommation des intérêts » ?
Qu’est-ce qu’un déontologiste ?
Qu’est-ce qu’un conséquentialiste ?
En quoi consistent les expériences de pensée de « La foute déchaînée » et de « la transplantation folle » ? En quoi confirment-elles parfois le déontologisme, et parfois le conséquentialisme ?
Pourquoi la « sommation des intérêts » et les « Droits de l’homme » s’opposent-ils ?
Sur quoi peut-on fonder l’idée que « toute vie est sacrée » ?
Pourquoi la possession de la rationalité est-elle un critère qui confère des droits à un individu alors qu’une qualité sensible ne l’est pas ?
Pourquoi, d’après les utilitaristes, vaut-il mieux parler en termes d’intérêts qu’en termes de droits ?
En quoi consiste « l’argument du cinéma » des utilitaristes pour contrer l’idée selon laquelle un individu a une valeur absolue échappant à tout calcul ?

5 commentaires sur “L’homme et l’animal – L’humanisme en question

  1. Je trouve cette étude précise, elle aborde tous les aspects du problème. Je fais actuellement des recherches en vue de produire un texte où je pourrais justifier de ma préoccupation quasi permanente de la cause animale et participer à un éveil des consciences, lutter contre cette indifférence généralisée.
    Merci encore.

    • Merci pour votre commentaire. Ce cours s’appuie très largement sur la synthèse « L’éthique animale » de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, que vous connaissez sans doute, et qui offre un très bon panorama de départ pour des recherches plus précises.

  2. Merci d’avoir porté intérêt à mon commentaire. je n’ai pas lu l’ouvrage que vous évoquez.
    Mais je ne manquerai pas de le faire. J’ai terminé mon ouvrage. il s’agit d’une part d’une histoire des animaux et d’autre part d’un scénario sur le même thème.
    Bien cordialement: PB.

  3. Mais n’est-ce pas le système capitaliste, où tout devient marchandise, qui ne respecte pas plus la vie des animaux que celle des humains ? Plutôt qu’un changement de conception, ne faut-il pas changer de système de (sur)production ? Les dernières révélations sur la « vie » dans les abattoirs a choqué l’opinion publique, qui se place donc spontanément du côté de la défense de la cause animale. Et le souci d’éthique animale aujourd’hui n’est sans doute pas étranger à cela…

    • Le productivisme capitalisme a en effet certainement démultiplié l’ordre de grandeur de l’exploitation animale, et définitivement changé celui-ci en marchandise. Cependant, la cruauté vis à vis de l’animal, ou du moins l’indifférence à sa souffrance, ne relèvent pas uniquement de ce système de production. Ceci dit, je conviendrais avec vous, et dans une lecture marxiste de l’histoire, qu’on peut sans doute établir un lien entre la naissance du capitalisme à l’époque moderne et par exemple la théorie des animaux machine de Descartes.

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