3 bonnes copies de l’explication du texte de Kant

NG, TS11

Explication de texte : Emmanuel Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs

18/20

C’est très bien, vous avez fait une explication sérieuse et rigoureuse du texte, en insistant bien sur cette contradiction interne au bonheur d’après Kant qui le rend pour nous inaccessible.

Continuez avec cette rigueur de lecture et d’analyse.

Le texte soumis à notre études est un extrait de : Fondements de la métaphysique des mœurs écrit en 1785 par Kant. Ce dernier expose ici le thème du bonheur et se demande si le bonheur, chose que tout le monde recherche dans sa vie et qui pourrait être le but de celle ci, est atteignable pour nous, les Hommes. Kant nous dit alors qu’atteindre le bonheur est un problème, cela veut dire qu’il y a une impossibilité dans ce bonheur. La thèse de Kant est qu’il y a une contradiction dans ce concept du bonheur et donc que celui ci est inatteignable pour les humains. Dans cette explication de texte, nous suivrons le modèle explicatif.

Tout d’abord, Kant introduit «  Le concept du bonheur », par définition, le concept, c’est l’idée générale que l’on se fait et à partir duquel on reconnaît quelque chose. Le concept est évolutif (il évolue au cours de la vie et donc des expériences). De plus, le bonheur est l’état de satisfaction complète des tendances humaines. Le bonheur passe aussi par le contrôle de soi,et donc de ses désirs et permet la plénitude. Cela passe par le fait de ne pas être affecté par les événements malheureux et de les éviter : par exemple éviter les désirs irrépressibles. Cependant, le bonheur reste abstrait et comme l’ajoute Kant : le bonheur est « un concept si indéterminé ».L’auteur nous pose un problème, puisque pour être heureux il faut forcément savoir ce qui nous rend heureux or il dit que c’est « impossible qu’un être fini » puisse déterminer « ce qu’il veut vraiment ».

Ensuite, Kant apporte une réponse au problème mis en avant durant la première phrase : « La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques ». Kant défend son point de vue, pas « tous » les éléments qui composent le bonheur sont empiriques mais seulement l’« ensemble ». La réponse au problème donné par Kant est donc que si le concept du bonheur est si indéterminé c’est donc parce que tous les éléments qui le compose sont dans leur ensemble empiriques et donc le bonheur ne pourrait pas être expérimenté car il n’est pas défini par un seule chose mais bien par plusieurs choses différentes qui ne peuvent que difficilement se rejoindre (voire pas du tout) ce qui rend le bonheur très difficile à atteindre et montre qu’il soit si indéterminé. Les éléments qui constituent le concept du bonheur doivent  être : « empruntés à l’expérience ». On peu ici voir la vision épicurienne de Kant. De plus, par définition, l’expérience est la connaissance acquise à la suite d’une longue observation et d’une pratique ( expérimentation) de phénomènes. L’expérience regroupe donc l’ensemble des phénomènes connus. Or, l’on peut se demander si le bonheur n’est une sensation éphémère, qui ne dure pas plus longtemps que le temps d’une seule expérience. En effet, on peut souvent trouver le bonheur pour un cour instant mais celui-ci ne sera jamais permanent car il contient une contradiction, on ne peut pas rendre l’esprit et le corps heureux pendant un long laps de temps. Pour pouvoir remplir le concept du bonheur, il faudrait donc, selon Kant, en faire l’expérience et c’est à dire en faire une longue pratique et observation.

Puis Kant continue à expliquer la raison en ajoutant que « cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future est nécessaire. ». Ainsi, l’auteur pointe un paradoxe puisque comme il le dit le concept du bonheur découle de l’expérience, est empirique cependant pour avoir une idée du bonheur «  un tout absolu » est nécessaire or, en aucun cas, l’expérience ne peut revendiquer une connaissance absolue car elle est subjective et dépend de nos facultés mentales et de notre intuition.

Ensuite, nous allons nous intéresser aux différents désirs qui tiraillent « un être fini » et qui influent dans le fait qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Il commence ici par «  il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose », que veut-il dire pas un être fini ? Est-ce qu’il exclut les autistes, les trisomiques et autres personnes ayant des maladies de naissance ? Cependant, cela est intéressant car la conception du bonheur peut changer en fonction de la perception que nous avons de la vie et certains troubles mentaux peuvent tout à fait permettre un accès facilité au bonheur ou bien la rendre encore plus difficile, comme par exemple la schizophrénie or comment savoir si ces troubles éloignent ou rapprochent du bonheur qui est une notion subjective.

Ensuite, Kant initie une série de question de la forme «  Veut-il ? » ce qui en fait une anaphore ( entre la ligne 5 et 9 ) et il insiste ainsi sur trois désirs communs à la majorité des Hommes. Tout d’abord : «  Veut-il la richesse ». Le titre (Fondement de la métaphysique des mœurs) peut nous donner une meilleur approche de l’extrait étudié puisqu’il étudie la recherche constante du bonheur qui est l’un des buts ultimes lors de la vie et cela passe par une série de désirs qu’il questionne. La richesse en est un, n’est ce pas un désir irrépressible puisque l’on en veut toujours plus alors que ce que l’on appelle riche, cela est subjectif en fonction des pays ; ainsi, en France, la majorité des personnes ne sont pas riches mais si l’on se basait pas rapport aux revenus moyens Somaliens, ce se serait l’inverse. A ce désir, Kant nous répond par une énumération : « Que de soucis, que d’envie, que de pièges ne peut-il par là attirer sur sa tête ! ». Le désir est donc associé au malheur, aux tracas et cela est renforcé par l’exclamation.

Ensuite, Kant nous questionne sur un autre désir probable de cet être fini : « Veut-il beaucoup de connaissance et de lumières ? ». La connaissance, c’est l’ensemble formé par les intuitions sensibles, les concepts et l’expérience. Cependant, c’est une information plus ou moins complète. Les connaissances, aux même termes que les vérités, dépendent du temps et changent en fonction des lieux et des époques. Le désir de connaissance qui est en accord avec les mœurs de son temps, en effet Kant à vécu durant le siècle des lumières: le XVIII ème siècle. Avec l’édition de la première encyclopédie qui vise avec du texte mais aussi des illustrations à instruire le peuple et assouvir son besoin de connaissance. Les «  lumières » peuvent être ce qui nous permet d’obtenir des connaissances ainsi on appelle lumière les philosophes tels Montesquieu et Rousseau qui ont apportés des connaissances à l’ensemble du peuple.

En réponse, Kant dit : «  Peut-être cela ne ferra-t-il que lui donner un regard plus pénétrant pour lui représenter d’une manière d’autant plus terrible les maux qui jusqu’à présent se dérobent encore à sa vue ». Le philosophe qui est pourtant un philosophe des lumières nous montre donc une autre facette de la connaissance et nous amène à nous demander si l’on est pas plus heureux en tant qu’ignorant. Les « maux », comme le désigne Kant, signifient ce qui fait souffrir la personne, ce qui est mal et, en effet, le précise Kant ils sont « inévitables » et donc un obstacle au bonheur.

«  Ou bien charger de plus de besoins encore ses désirs qu’il a déjà bien assez de peine à satisfaire », ainsi la connaissance peut nous amener à la découverte de nouveaux plaisirs qui sont donc associés à des désirs et le besoin de les satisfaire.

Enfin, en tant que dernière question et également en tant que désir le plus universel : «  Veut-il une longue vie ?» cela est de même ancrée dans les mœurs de sa société car elle voit les progrès de la science et l’augmentation de la durée de vie. Or, au même titre que le bonheur, la vie n’est elle pas appréciable car éphémère ? Ensuite, comme avec chaque désir, il l’associe à la souffrance et au malheur ainsi, il nous répond à travers un interrogation car il semble naturel de se demander si «  ce ne serait pas une longue souffrance ? ». Or, comme pour l’exemple du revenu, tout est relatif et l’Homme veut toujours plus d’argent, de longévité …, ne se satisfaisant de rien.

Kant associe donc à chaque désir que l’on pourrait nommer d’irrépressible puisque inatteignable le malheur ou la souffrance qui y est lié et souligne que l’être fini ne saurait pas choisir ce qu’il veut même parmi ces trois propositions.

Dans le troisième paragraphe, Kant pose un problème : « il est incapable de déterminer avec une entière certitude ». Il dit que pour ce faire, il faudrait que L’Homme dispose de « l’omniscience », ce qu’il ne semble pas être capable d’atteindre. En effet, même dans la nature, le particulier est beaucoup plus commun que le général. On peut en effet trouver deux humains différents mais jamais deux humains identiques, la perfection.

Ensuite il modifie son concept, tout d’abord l’ « être fini » devient ensuite l’ « être raisonnable », il semble cependant parler de la même vision de l’Homme que l’on pourrait qualifier de « normal ». Il peut quand même apporter une nuance puisque précédemment l’être fini était associé à la connaissance de ses désirs. Or un Homme, un être fini n’est pas forcément raisonnable. Le fait de dire être raisonnable nuance donc les propos pour atteindre le bonheur faudrait-il donc en plus d’être fini être aussi raisonnable. Cela ne semble cependant pas en accord avec notre expérience car ceux qui semble le plus proche du bonheur serait plutôt les personnes excentriques, extravagantes car elles ont une vision du bonheur totalement différente de celle de la majorité qui est souvent beaucoup plus simple que la notre, ils se contentent souvent de bien peu et se réjouissent même de ce qui pourrait rendre certaines personnes malheureuse. Par exemple, ces personnes pensent selon la loi de Murphy, qui dit que de toute façon, c’est la pire chose qui pouvait arriver à un moment donné qui arrivera. Ces personnes se réjouissent alors de la moindre chose positive qui leur arrive.

Si l’on apportait une définition chimique, deux espèces sont insolubles lorsqu’elle ne sont pas miscibles c’est à dire lorsqu’elle ne se mélange pas mais forme deux phases distinctes. Un problème insoluble est donc un problème avec deux bord opposés et invraisemblablement il y aura toujours une opposition de phase, qui ne pourront jamais se mélanger. On pourrait donc par exemple penser aux deux éléments irréconciliables : déterminer d’une façon sûre et générale une action et de l’autre favoriser le bonheur d’un être raisonnable. « il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux ». Un impératif est une loi de conduite à tenir, une obligation. Ainsi, Kant souligne à travers l’ajout « au sens strict du mot » le fait que les impératifs commandent, ils imposent une façon de vivre. De fil en aiguille, il conclut par le fait que suivre les impératifs catégoriques amènent à une morale universelle et favorise la liberté, le libre arbitre ( c’est à dire le fait d’agir sans contraintes ou influences extérieures ).

Ensuite, Kant ajoute que la raison pour laquelle il n’existe pas d’action qui assure d’être heureux résiderait dans le fait que « le bonheur est un idéal ».Par définition, l’idéal c’est ce qui est construit par l’esprit et qui ne se rencontre pas dans le réel. De même, par idéal, nous pouvons comprendre : inatteignable, ce qui ne rencontre jamais entièrement dans la réalité mais que par bribe. Par exemple, la paix est un idéal en effet, bien que certains pays soient en paix d’autres ne le seront jamais et même s’ils l’étaient en changeant d’échelle la paix ne régnera jamais dans toutes les familles, dans tous les quartiers du monde. Le bonheur ne régnera donc jamais entièrement sur notre société ou même à titre individuel, sur notre esprit. Même si le bonheur était possible, comme le dit Kant, le bonheur est un idéal, «  non de la raison, mais de l’imagination ». Un idéal de la raison serait donc si l’on en suit les idées de Kant un idéal théorique sans rapport avec la réalité et l’expérience. L’imagination produit des schémas qui sont forcément en accord avec notre expérience et le monde qui nous entoure (notre imagination se base en effet sur des choses que l’on a vu pendant notre vie pour développer un schéma particulier, le plus souvent idéal) et donc «  fondé sur des principes empiriques ».

Enfin, après avoir montré que le bonheur est un idéal fondé uniquement sur des principes empiriques ( ce qui est paradoxal puisque si cela est un idéal alors il n’est pas expérimenté et ne devrait pas au minimum être composé uniquement de principes empiriques mais aussi de principes purs à priori), le philosophe insiste qu’on attendrait des principes empiriques qu’ « ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquences en réalité infinie ». C’est donc, d’après lui ces principes empiriques qui permettrait de favoriser le bonheur alors que ce bonheur est un idéal et donc que l’on ne peut pas rencontrer dans la réalité,ce qui est paradoxal et donc problématique.

Une action n’a pas une seule répercussion mais tout est construit et cela à de multiples répercussions qui seraient selon Kant « en réalité infinie ». Or la réalité c’est ce que nos rencontrons dans le réel, dans le monde qui nous entoure, les phénomènes qui s’y déroulent et l’ensemble des objets qui y sont associés. Or, l’infinie n’est pas définissable réellement et ne peut donc pas se rencontrer pas dans le réel. En «  réalité infinie » peut donc être associé à un oxymore puisqu’il relie deux mots par définition opposés. Ces deux mots permettent à Kant de montrer à quel point le bonheur est inaccessible.

Ainsi, nous avons vu que tous les hommes selon Kant ne peuvent pas être heureux du fait du manque de connaissance de soi et de ses désirs mais aussi parce que le concept du bonheur basé sur l’expérience est vide car inatteignable. En outre, l’être fini, comme le dit Kant et ne sait pas choisir parmi les désirs irrépressibles qui le tiraillent et qui cependant ont pour seule fin le malheur comme le souligne Kant. Enfin, il essaye de résoudre le problème concernant les actions qui pourrait favoriser le bonheur chez un être raisonnable. Cependant, ce problème est composé de deux « phases » : bonheur de l’homme raisonnable et action qui ne peuvent pas se rejoindre et forme donc un problème insoluble. Pour finir, nous avons vu que comme le souligne Kant : le bonheur est un idéal puisque simple construction de notre imagination et paradoxalement selon Kant, cet idéal serait basé sur des principes empiriques… Enfin, nous avons vu que trouver une action favorisant le bonheur est impossible puisque chaque action est associée à une infinité de conséquences ou du moins un très grand nombre puisque l’infinie n’existe pas dans notre monde.

SC, TS10

17/20

C’est très bien, vous rédigez avec beaucoup de générosité, et avec un jugement sûr. Continuez ainsi, vos devoirs s’approfondiront au fur et à mesure du développement de votre culture philosophique.

 

On admet généralement que le bonheur est le but ultime de la vie, la condition nécessaire et suffisante d’une vie réussie. Prenons un exemple très simple, demandons à une personne « En quoi réside l’accomplissement de la vie humaine ? », elle répond alors spontanément et dit : « à être heureux ». On demande alors à cette même personne, «Qu’est-ce que le bonheur? Comment y accède-t-on? », là, c’est plus compliqué. En effet, chacun déclare le chercher mais personne ne sait vraiment en quoi il consiste et quel chemin pourrait nous y mener. Dès lors, il nous faut partir de ce constat pour comprendre que les hommes courent après le bonheur, chaque minute, chaque seconde de leur existence mais il semblerait que ce dernier semble leur échapper. Le bonheur semblerait difficilement accessible, voire inaccessible. N’y a-t-il pas quelque chose dans l’idée même du bonheur qui le rende à priori inaccessible? C’est ce qu’Emmanuel Kant essaiera de développer dans cet extrait de texte provenant de son œuvre, Fondements de la métaphysique des mœurs. Le philosophe va alors souligner le fait que les hommes n’arrivent pas à être heureux, car finalement le concept même du bonheur n’est qu’idéal et imagination et non réalité.

Nous verrons ainsi que l’auteur expose d’abord les conditions de réalisation du bonheur, qu’il oppose avec l’idée même du bonheur, puis va à l’aide d’exemples, illustrer ce que pourrait être concrètement des situations qui nous mènerait sur la voie du bonheur, même si chacune d’entre elle cache des inconvénients majeurs et fait voler en éclats cette notion de « bonheur ». Pour finir, Kant souligne le fait que la question sur le bonheur est une question insoluble ; le concept du bonheur ne suit pas les lignes de la raison, mais bien celles de notre imagination, il distinguera alors idéal de raison à idéal d’imagination.

 

 

Kant commence d’abord par introduire la notion de « concept du bonheur», par définition un concept est une représentation générale et abstraite et le bonheur, étant définit comme un état de satisfaction globale, générale et durable qui provient d’un jugement sur la vie dans son ensemble ou une période durable de la vie. En quête perpétuelle de bonheur, les hommes sont toujours à la recherche de cet état de satisfaction, c’est en effet le « désir qu’à tout homme », comme le reconnaît d’ailleurs Stendhal, dans Vie de Henry Brulard, « J’appelle caractère d’un homme sa manière habituelle d’aller à la chasse du bonheur ». Si le bonheur est autant convoité que cela, si le bonheur est finalement le but de l’existence humaine, comment se fait-t-il que personne ne parvienne à y accéder en « termes précis et cohérents » ?

Le concept du bonheur n’est qu’une idée nébuleuse « concept indéterminé », personne ne peut vraiment prévoir son bonheur, car étymologiquement, bonheur vient de « bona ora », qui signifie « bonne chance, bonne fortune, bonne rencontre », donc le bonheur serait accessible par le rapport même que nous entretenons avec les expériences du monde extérieur.

Je veux être heureux, c’est tellement bien quand je le suis, mais ça vient et puis ça part ; quand je suis entourée de mes amies, je suis heureuse mais quand je ne le suis plus, je le suis moins. Ces conditions de réalisation du bonheur, tel que le fait de voir mes amies sont en effet propices à me guider vers la voie du bonheur car je suis dans un état de satisfaction globale et générale, mais non durable. C’est ces éléments qui sont dans leur « ensemble empiriques, c’est-à-dire empruntés à l’expérience » qui vont me rendre heureuse.

Or, une expérience agréable ne me prodigue que du plaisir et non du bonheur, c’est-à-dire un état de satisfaction ponctuelle, relevant d’une sensation précise à l’occasion d’une expérience particulière.

C’est la raison pour laquelle le philosophe va opposer les conditions de réalisation du bonheur au concept même du bonheur, car l’un va peut-être nous conduire vers cet état de bonheur, mais ce n’est qu’un état éphémère et non éternel, tel il est dit dans la définition du bonheur, vu précédemment, Kant le souligne également« dans mon état présent, et dans toute ma condition future ».

Le philosophe montre ainsi que le bonheur ne réside pas dans l’expérience. Si l’expérience ne dépend pas de moi en tel, est-ce que cela voudrait dire que le bonheur dépendrait de moi ? De mes désirs ? De mes volontés ? Puis-je le déterminer ? Le bonheur est-il prévisible ?

Cela va alors nous mener à l’énumération de nombreux exemples de bonheur universel proposés par Kant.

 

Chacun d’entre nous a une conceptualisation de ce que peut-être le bonheur. Pour certains le bonheur serait plutôt axé sur le côté matériel tel que le fait d’être riche « veut-il la richesse ? », pour d’autres sur la profusion de « connaissance et de lumières » ou encore pour d’autres sur l’idée d’une vie saine et longue « santé » « longévité ». Mon bonheur est individuel et ne dépend que de mes désirs, mais puis-je les satisfaire intégralement ? N’est-ce pas justement mes désirs qui m’éloigne de mes idéaux de bonheur ? Par les exemples d’éléments empiriques cités précédemment, Kant va montrer l’impossibilité individuelle à déterminer son bonheur.

En effet, je veux la « richesse », mais ai-je pensé aux désagréments que la profusion de biens pourrait me causer ? La richesse peut-être un avantage dans la mesure où je peux m’acheter ce que je souhaites, sans limite et sans avoir à me demander si j’aurais assez d’argent pour finir le mois. Je serais peut-être au paroxysme de mon état de satisfaction globale,générale et durable mais est-ce vraiment ça que je veux finalement ? La richesse est-elle l’unique et seule chose qui me rendra heureuse tout le long de mon existence ? Influencé par l’importance que j’accorde à mes biens, je risque de m’isoler du monde social dans lequel je vis. Or, nous sommes des êtres humains, dont la particularité essentielle est l’échange entre chaque individu de notre espèce. Qui ne me dit pas que la « richesse » va également me générer des troubles liés à l’argent, comme l’avarice ou encore devenir dépensière compulsive ? Qui ne me dit pas que mes biens seront la cause de mes troubles du sommeil      de peur qu’on ne me vole tout ce que j’ai pu acquérir ?

C’est en cela que le philosophie révèle les rouages de la richesse comme idéal de bonheur « que de soucis, que d’envies, que de pièges ne peut-il pas là attirer sur sa tête! ».

Ensuite, que peut apporter le désir de « connaissance et de lumières» ? La connaissance pourrait m’apportait une richesse intellectuelle remarquable, comprendre des phénomènes complexes du monde physique dans lequel nous vivons, avoir raison sur de multiples domaines. Quand aux lumières, elles m’apporteraient comme l’affirme Kant, une autonomie de la raison « Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voici la devise des Lumières ». Cependant, en ayant conscience de tout ce qui se passe sur Terre, on a également conscience de l’existence du mal sur Terre ; autant du mal physique que du mal moral ou encore que du mal métaphysique. Ne faut-il pas plutôt être ignorant que cultivé pour vivre heureux ? Par exemple, une personne qui vivrait enfermée dans une grotte entourée de sa famille et extérieure au monde actuel ne serait-elle pas plus heureuse qu’une personne qui vivrait dans une société tout en connaissant ce que d’autres hommes peuvent en infliger à d’autres comme la torture ? « lui représenter d’une manière d’autant plus terrible les maux qui jusqu’à présent se dérobent encore à sa vue ». De plus, la richesse intellectuelle peut nous pousser à toujours en vouloir plus, et cette soif insatiable de connaissances ne sera jamais alors assouvie «  charger de plus de besoin encore ses désirs qu’il a déjà bien assez de peine à satisfaire », c’est se torturer mentalement.

Pour d’autres personnes, le bonheur est caractérisé par une longue vie. Quoi de mieux qu’accomplir notre état d’être humain jusqu’au bout ? C’est pourquoi le facteur de la longévité rentre en jeux. Il existe des personnes qui ont peur de mourir, peur de se voir mourir et qui pour eux le bonheur résulte en un prolongement de la vie. Résister contre la mort le plus longtemps possible est leur volonté. Or, vivre longtemps est une belle chose dans la mesure où notre état de santé est bien, voire correct. Pour autant, vivre longtemps en ayant une maladie incurable et subir des états de fatigue constants, des perfusions en abondance, des maux physiques insupportables n’est que source de douleurs et non de bonheur « qui lui répond que ce ne serait pas une longue souffrance? ».

Enfin, pour certains, le bonheur réside dans le bien-être et la prospérité physique et mentale, c’est à dire dans la santé. Être sportif, manger sainement, être bien dans sa peau, profiter des moments agréables de la vie sans la présence de migraines abondantes et de mes maux de dos douloureux, c’est ce que j’appellerai le bonheur. Par exemple, faire trois heures de sport par jour à haute intensité, courir, marcher, faire du vélo, de la musculation, du volley et manger sainement pourrait être mon idéal de bonheur. Mais qui ne me dit pas qu’à la moindre séance loupée, qu’au moins imprévue, je culpabiliserais? Qui ne me dit pas qu’à force de faire du sport en abondance, je finirai par me blesser irréversiblement ? Qui ne me dit pas qu’à usure de faire attention à mon alimentation, je finirais par me torturer psychologiquement au moindre excès alimentaire ? C’est la raison pour laquelle avoir comme idéal de bonheur une vie saine et être en pleine santé, ne peut que nous faire tomber dans un cercle vicieux perpétuel qui résulte en une souffrance physique et psychologique, « que de fois l’indisposition du corps a détourné d’excès où aurait fait tomber dans une santé parfaite »

C’est pourquoi nos idéaux de bonheur ne sont finalement pas en adéquation avec l’idée même de bonheur car, a ses propres limites. Kant va alors différencier idéal de raison à idéal d’imagination.

 

Finalement, on ne peut pas déterminer notre bonheur avec une infaillible assurance par telle ou telle action, car comme le dit l’auteur « pour cela il lui faudrait l’omniscience ». Or l’omniscience, par définition, c’est le fait de tout savoir; ce qui est humainement impossible. C’est la raison pour laquelle, l’auteur avancerait la thèse selon laquelle le bonheur n’est pas déterminable. On ne peut pas prévoir notre bonheur selon nos envies, donc selon notre idéal d’imagination.

De plus, l’auteur ajoute par la suite que les « impératifs de la prudence, à parler exactement, ne peuvent commander en rien », les impératifs étant d’après Kant les commandements de la raison pratique (qui s’exprime par le verbe «devoir»).

Ici, l’auteur explique que le bonheur ne commande aucune action particulière, contrairement au concept même du devoir qui va jusqu’à l’accomplissement d’un objectif. C’est la raison

pour laquelle, l’idéal de raison nous mène uniquement vers des conseils qui nous permettront de se préserver du malheur, tels que le fait du faire du sport, qui permettra le développement d’endorphines et de bien-être physique et mental et ainsi être heureux pendant quelques heures, ou encore le fait d’être heureux par le biais de sensation agréables, même si je sais que cela ne me mènera pas vers le bonheur de « façon sure et générale ». Par conséquent, il n’y a pas de décision rationnelle qui me permettra de me rendre heureuse car le « bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination ». Le bonheur n’est donc pas à rechercher car c’est un idéal, c’est-à-dire, un modèle parfait qu’on cherche à atteindre, qui sert de norme, et qui est difficilement atteignable. Le concept même du bonheur est un idéal d’imagination résidant finalement dans des « principes empiriques », qui ne dépendent pas de la raison. Si le concept du bonheur dépendrait de la raison, ceci ne serait pas en adéquation avec le bonheur, qui lui est individuel et subjectif. En effet, si le bonheur serait un idéal de raison, l’idée du bonheur serait universelle et commune à tous. Or, ce n’est pas le cas.

 

Dans ce texte, Kant montre donc que la question sur le bonheur est une question insoluble, et que la meilleure réponse est de tout simplement faire disparaître la question sur le bonheur. Les hommes n’arrivent pas à être heureux, et ne sont pas faits pour le bonheur. Il ne faut pas que le bonheur soit considéré comme but ultime de la vie, car comme le dit Schopenhauer « Il n’y a qu’une erreur innée ; celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux ». De même, Kant souligne que l’homme ne peut pas être heureux à cause des désirs qui l’animent car « il est incapable de déterminer avec une entière certitude d’après quelques principes ce qui le rendrait vraiment heureux ». Tombant dans des contradictions de la condition humaine, le bonheur n’est finalement pas à rechercher ni par la voie de la raison ni par celle de l’imagination.

 

FP, TS10

Philosophie

commentaire de texte

Extrait de Fondement de la métaphysique des mœurs d’Emmanuel Kant

18/20

Un devoir très rigoureux et très complet, félicitations.

Depuis l’Antiquité la recherche du bonheur est placée au centre de la vie humaine. L’eudémonisme est une philosophie le caractérisant comme le but ultime. Différents courants de pensée tels que le stoïcisme et l’épicurisme tendent à trouver le moyen d’atteindre le bonheur. Néanmoins, aucun homme n’a pu dire être arrivé à l’état de bonheur absolu, ces deux courants ne semblant pas être réellement adapté à notre condition humaine. Nous pouvons alors nous demander : « le bonheur nous est-il accessible ? ». Dans l’extrait étudié de Fondement de la métaphysique des mœurs, la thèse de Kant est que le bonheur n’est pas un concept adapté aux hommes et qu’en ce sens nous ne pouvons y accéder.

Durant l’explication de texte, nous suivrons le raisonnement de l’auteur. Dans un premier temps nous verrons la dualité des conditions du bonheur puis le paradoxe qu’elles représentent pour la condition humaine. Enfin, nous étudierons l’idée que le bonheur n’est en fait qu’un idéal de l’imagination et qu’en ce sens nous ne pouvons espérer l’atteindre.

Pour commencer, Kant évoque les deux conditions au bonheur. Il montre d’abord l’aspect empirique de ce concept. Il s’appuie ainsi sur l’idée épicurienne du bonheur. En effet, Épicure caractérise l’homme comme un être de nature principalement sensible en le considérant à travers une vision matérialiste. Nous ne sommes que des êtres faits d’atomes, en ce sens le bonheur s’exerce à travers l’expérience du corps. Il correspond alors à la satisfaction de nos envies et de nos désirs naturels en tant qu’êtres vivants. Il s’agit de la conception du bonheur par une suite de plaisirs, c’est à dire par une accumulation de satisfactions partielles et ponctuelles relevant d’une sensation précise à l’occasion d’une expérience particulière. C’est l’hédonisme. Par ailleurs, l’empirisme est également ce qui nous permet de nous définir comme heureux ou non. De fait, le bonheur est un état de satisfaction global, général et durable qui provient d’un jugement sur sa vie ou sur une période durable de la vie. En ce sens l’expérience est nécessaire pour faire le bilan et savoir quel est notre état de bonheur.

Néanmoins, dans l’hédonisme, l’idée de bonheur apparaît comme ponctuelle et instable puisqu’elle se base sur des expériences. Or, dans la définition du bonheur ainsi que dans le texte de Kant se dégage l’idée d’un ensemble, d’un aspect global que Kant exprime tel un « tout absolu ». Ainsi l’auteur évoque la conception Stoïcienne qui contrairement à l’épicurisme voit le monde tel un ensemble. Cette philosophie prône l’idée de désirer ce qu’il nous arrive afin de ne pas être affecté par ce qui ne dépend pas de nous, par ce qui se passe, dans le but de prospérer et d’atteindre le bonheur. Il se dégage alors l’idée d’infinité du bonheur, d’un concept qui tendrait davantage vers une idée, une façon de concevoir le monde, que vers un vécu. Dans ce texte deux conditions au bonheur sont exprimées : la satisfaction des sens par le vécu et l’idée d’une plénitude absolue de l’être. Selon l’auteur, le bonheur devrait alors être l’expérience absolue. Cependant, Kant laisse déjà paraître la difficulté à concilier ces conditions en énonçant la thèse que « personne ne peut dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut ». Le bonheur ne nous apparaît pas comme prévisible.

Ensuite, l’auteur démontre le paradoxe dans les conditions qui mènent au bonheur. Il exprime alors la finitude de l’homme « un être fini », tel un être sensible avec des besoins naturels qui se satisfont par l’expérience et l’action telles que manger, dormir, se sociabiliser. L’assouvissement de ces désirs lui apporte un état de satisfaction ponctuel. Il sépare alors l’idée de désir évoqué à travers cette finitude et l’idée de volonté « il est impossible qu’un être fini […] se fasse un concept de ce qu’il veut véritablement ». La volonté est un souhait rationnel caractérisé par sa constance. Or, ce concept ne peut caractériser pleinement l’homme qui n’est pas constant. Il lui est nécessaire d’assouvir certains désirs primaires et sa volonté s’en retrouvera affaiblie. Cette constance détient une image divine par son idée d’absolu et de globalité. En ce sens l’être fini qu’est l’homme ne peut prétendre à une volonté certaine qui lui apporterait le bonheur. Pour illustrer son propos Kant utilise des exemples qui se basent sur une volonté de l’homme à vivre une expérience qu’il pense bonne tel que  »la richesse » puis démontre que ce n’est pas le bonheur qui l’attend mais une suite de désagréments « que d’envie, que de pièges ne peut-il attirer là sur sa tête ». Il passe ainsi en revue les souhaits classiques de l’homme tel qu’une longue vie, la santé et la connaissance qui sont des expériences qui nous donnent envie. Cependant, en nous montrant ce que l’on peut appeler « l’envers du décor » de ces souhaits, Kant exprime le fait que l’homme étant un être sensible ne peut pas véritablement tendre vers un bonheur absolu car sa vision du concept est parasité par l’envie de combler ses souhaits en tant qu’être de chair en s’assurant le confort, la santé. En ce sens, la constance prônée par le stoïcisme ne peut satisfaire l’homme pleinement.

Néanmoins nous ne sommes pas non plus des êtres uniquement sensibles, se satisfaisant de plaisirs ponctuels sinon pourquoi serions nous dans l’expectative d’un futur agréable et ne nous contenterions nous pas d’un présent satisfaisant tels des animaux ? Kant montre ainsi le paradoxe des conditions du bonheur humain.

Enfin, selon l’auteur, pour arriver au bonheur, il faudrait à l’homme la capacité de savoir quelles expériences pourraient lui faire atteindre le bonheur afin de pouvoir satisfaire son besoin en tant qu’être sensible, tout en étant issu d’un raisonnement visant à combler au mieux notre volonté. C’est pour cela que Kant parle « d’omniscience » en la décrivant comme nécessaire au bonheur. Ce terme correspond à un savoir infini qui est impossible pour un mortel. Cela reviendrait à avoir vécu la totalité des expériences possibles, à posséder un empirisme absolu. Or l’homme n’a pas cette capacité. C’est pourquoi Kant nous met en garde contre les « impératifs de prudence ». Il s’agit d’un enseignement issu de notre vécu, d’un savoir acquis par l’expérience où l’on retiendrait « si tu veux le bonheur, tu dois faire telle action car elle t’a apporté un état de satisfaction auparavant ». Il est nécessaire de prendre de la distance avec les impératifs de prudence car ils ne sont qu’une vision subjective de la conséquence d’une action. Kant fait la différence entre eux et les « commandements de la raison » qui représentent la capacité à discerner le vrai du faux pour ne pas que nous prenions ces expériences comme preuve d’une vérité généralisable.

De plus, décrivant alors le bonheur comme « un idéal, non pas de la raison, mais de l’imagination », Kant déconstruit l’image du bonheur que nous nous faisons. En effet, le fait de le rapporter à l’imagination signifie qu’il n’est pas global, pas universel. Il s’agit d’une conception personnelle que nous nous construisons à travers des expériences vécues bonnes et agréables. Le bonheur n’est donc qu’illusoire puisque les expériences sont variables d’un individu à un autre et d’une période donnée à une autre. Par exemple, prenons la situation d’un enfant revenant de l’école. Cet enfant n’a pas mangé à la cantine car il n’aime pas la cuisine de son établissement et rentre alors affamé pour le goûter. Un gâteau l’attend sur la table. Il se jette dessus et lors de la dégustation il sera dans un état de plénitude puisqu’un de ses sens sera pleinement satisfait. Une fois le gâteau fini l’enfant, ayant tant apprécié ce moment, souhaitera alors le revivre continuellement en ne mangeant que ce gâteau toute sa vie. Cependant s’il le fait il sera très vite écœuré et ne pourra plus jamais en manger. Son bonheur aura alors en premier lieu tendu vers la consommation constante de ce gâteau puis vers sa disparition totale dans son régime alimentaire. Ainsi, son bonheur aura été atteignable de façon totalement opposée en fonction de son vécu et l’idée qu’il s’en faisait totalement différente. Il s’agit alors d’un espoir irréel mais auquel nous tendons à croire, comme nous pouvons le comprendre à la fin du texte de Kant où il dit que cet idéal de l’imagination est « fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu’ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquence en réalité infinie… » c’est à dire le bonheur.

Ainsi, Kant décrit les conditions du bonheur comme paradoxales et incompatibles : l’expérience représentant un instant particulier et l’idée d’une globalité n’étant pas assimilables. L’homme est à la fois un être sensible et un être de raison et ne peut donc se contenter d’expériences heureuses ou de la raison et de ses idées. Le bonheur est donc considéré comme inaccessible à l’homme. Se rendant compte de cette impossibilité, l’homme s’est progressivement détourné de l’eudémonisme pour se rapprocher de la philosophie humaniste. C’est pourquoi depuis le XXème siècle nous tendons à nous intéresser non plus au bonheur mais à un idéal de liberté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *